La Galerie est heureuse de présenter la
première exposition personnelle du jeune artiste grec ALKIS
BOUTLIS, diplomé des Beaux-Arts de Saint-Etienne en 2002 et
de la Norwich School of Art & Design en 2004. Avec cette exposition à la
galerie, Alkis Boutlis révèle comme la suite d'un « album » de
l'imaginaire -comme on le dirait d'un album de famille- mais d'une
famille dont l'artiste dévoile peu à peu le caractère
héréditaire commun, le gêne, la substance essentielle
: la noirceur. Cette noirceur a pris possession des fonds, a épaissi
les cernes, a grossi les tâches et a envahi l'artiste lui-même
(The Thinker, 2006). Elle a fait céder sa rivale blanche,
la feuille de papier, qui se réservait encore dans bon nombre
des fonds des dessins de l'artiste. Les sujets des pièces
eux-mêmes se sont pliés à l'« obscurité » du
projet : vanité des corps enlacés, vanité des
fleurs qui osent pousser dans la feuille, vanité des portraits à demi
ravagés et frappés des signes de la mort, vanité trop
brillante de la céramique, vanités des Moires qui décident
du destin de l'artiste comme emmêlé de fils. Vanité encore
des crânes, sexes, où l'on retrouve même Bacchus
et Prométhée (The planet hunter 2006)...
É
légante donc, et macabre série noire. Pleine des obsessions
récurrentes de l'artiste, comme ce « That's all folks » désabusé qu'Alkis
Boutlis a décliné dans plusieurs de ses pièces,
ou encore ces boules ou sphères, tantôt opaques tantôt
transparentes, qui cachent des scènes érotiques hyper
détaillées révélatrices de sa virtuosité de
dessinateur, et qui font bien souvent penser aux miniatures baroques.
Mais c'est certainement la référence aux figures mythologiques
qui est la plus frappante dans cette nouvelle série de dessins
: à celles évoquées plus haut, il faut ajouter
des figures semblables aux Harpies (qui incarnent la dévastation
et la vengeance divine), les évocations des Faunes, ou encore
les points qui parsèment les oeuvres et qui ressemblent aux
représentations antiques des constellations...
A la manière de rébus sophistiqués, chacun des
dessins propose un lever de rideau sur l'univers fantasmatique de l'artiste
où il apparaît lui-même régulièrement,
sous forme de silhouettes ou d'ombres chinoises.
Mais au-delà des lectures que l'on voudra bien se forger devant
cette série, il faut aussi observer le travail strictement plastique
dans lequel l’artiste s’engage : abandonnant la couleur,
c’est uniquement en travaillant les nuances de gris qu’il
fait surgir cet effet de réel si particulier, maîtrisant
toute les qualités « classiques » de la
lumière, mais surtout, de l’ombre : ombre dont on
sait, depuis Caravage, que c’est là le lieu des états
irrésolus et des interprétations possibles.
Gaël Charbau |