Brouillons d’espace et champ
de silex
Étoiles, masses gazeuses, amas de matière, le cosmos
est en proie à une activité créatrice et explosive
constante qui dépasse notre pouvoir d’imagination. Et
pourtant les images sont là. Ce qu’elles nous disent,
c’est moins notre petitesse dans l’univers que l’incommensurabilité de
la création.
Basserode a trié certaines images parmi des milliers de clichés
en provenance du cosmos, mais il a surtout opéré une
synthèse inattendue. Il a extrait de ces images d’explosions,
des formes, dix pour être précis. Il les a fait découper
dans de l’aluminium, dans trois tailles différentes.
Pour cette exposition, il recouvre certaines plaques avec des photographies
de ces explosions cosmiques et il les agence de manière à rendre
compte d’un triple phénomène : la visibilité de
ce qui échappe à notre perception, la fascination que
ce visible improbable exerce sur nos esprits et le fait que ce cosmos
incommensurable doit, pour être saisi par la pensée,
se trouver pris dans un temps décalé, un temps qui
n’est pas le sien.
En composant ses formes, Basserode invente donc des brouillons de
l’espace, une tentative à la fois humble et grandiose
d’offrir à la perception humaine la possibilité de
se faire une idée de ce qui depuis toujours lui échappe.
Le champ de silex, ici réduit à une pièce unique,
mais qu’il est possible de rêver infini, est aussi une
manière de rendre perceptible quelque chose d’impensable,
ce qu’a pu être le premier bruit proto industriel. Dans
des temps reculés, l’homme a appris à dépasser
l’usage de ses seuls muscles pour fabriquer certains de ses
outils. Le premier moment, que réinvente Basserode, est celui
où l’homme s’est adjoint la puissance infinie
du feu pour faire éclater des blocs de silex. Au-delà de
cet aspect physique, ce qu’il tente de nous faire entendre,
c’est le premier bruit non naturel, le premier bruit technologique,
le premier bruit de l’homme démiurge.
Entre les images des explosions de l’espace pour lesquelles
nous ne disposons pas d’enregistrements sonores et la capture
du premier bruit technologique, c’est une courbure singulière
semblable à celle du geste d’un joueur lançant
les dés, et qui résume toute l’histoire de l’humanité,
que Basserode nous présente.
Jean Louis Poitevin
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