Jacqueline Taïb
‘
..Jacqueline Taïb commence ses toiles par des relevés
photographiques. Elle n ’y cherche pas une image,
ni un élément pittoresque, à peine quelques
indices de lignes, de plans, de perspectives ; quelques zones
de couleur y apparaissent, ainsi qu’une orientation virtuelle
de l’espace. Plus qu’une représentation du réel,
la photographie en est un premier filtre, y faisant émerger
des éléments de picturalité. Loin de dissoudre
l’espace
pictural, la photographie, ici, le fait apparaître. Comme aurait
pu le faire une esquisse, cherchant dans le réel
les possibilités de peinture.
Se révèlent aussi, dans cet usage minimal de la photographie,
des virtualités de l’espace urbain : Non pas des
bâtiments, des voies de communication, des architectures plus
ou moins monumentalisées, du mobilier urbain’,…’
mais un ensemble de plans, de pleins de vides, de points colorés,
de directions et de dimensions dans
lesquels s’enfonce et s’aventure le regard du peintre.
Le cadrage neutre, hasardeux et pourtant précis de la
photographie a défait la scène urbaine ; le travail
pictural défait la représentation close de la photographie,
lui
substituant un espace mental comme espace labyrinthique. Plutôt
que des arêtes, des contours, des signaux,
le tableau emboîte les pans, fond les couleurs, laisse l’œil
se perdre dans l’enchevêtrement des espaces.
Ce qu’un premier regard pouvait prendre pour des repères,
perd son évidence et finit par participer de
l’étrangeté de ce réel..’…
Pierre Manuel, 2007 Entretiens de l’AL/MA, éditions
Méridianes .
Richard Müller
Le point de départ de la création artistique de Richard
Müller consiste en des impressions et des images
de paysages concrets et de lieux à caractère de paysage à partir
desquels il crée de nouvelles images par des processus de transformation
multiples. Les transformations se produisent lors des passages d’un médium
d’imageà
l’autre – une carte postale devient photo, la photo devient dessin,
le dessin devient installation, ou bien : une
vidéo devient photo extraite de la vidéo, qui devient dessin,
le dessin devient image murale – tout comme dans
le « jeu » ciblé avec les règles de l’image
et les caractéristiques des différents médias.
Dans ses travaux à ce jour, Richard Müller a développé une
stratégie artistique de la transformation et de la
variation qui l’a conduit à un langage imagier qui lui est propre.
Il est intéressant de voir à quel point les « images
de départ » concrètes restent importantes et actives
tout au long du processus.
Dr. Theodora Vischer, Schaulager Bâle, juin 2005
Traduit de l’allemand par Raphaëlle Fraysse, Berlin
Frédéric Coché
Le dessin, la peinture, l’image en général est
une re-formulation constante. On dessine avec sa mémoire.
On dessine, ou on peint toujours avec une ou plusieurs images sur
lesquelles on s’appuie, qui nous inspirent,
avec une conscience plus ou moins nette de ce phénomène.
Je reproduis une image que j’ai en mémoire. Il ne s’agit
pas d’une reproduction mécanique : c’est
celle d’une idée,
d’une pensée, et cela est comme une reproduction sexuée.
C’est à dire qu’elle n’est jamais à l’identique.
Comme
un enfant est différent de ces parents. Mais la généalogie
des œuvres d’art n’est pas celle des humains. Leur
durée
de vie peut être énorme. Tant qu’elles sont visibles,
elles influencent nos pensées, et donc, les fécondent.
Si je veux copier une peinture de Vermeer, toutes les images que
j’ai vues, et qui donc sont en moi se manifestent
aussi. Elles influencent mes gestes. Je ne peux pas peindre comme
Vermeer, car j’ai vu Monet, Picasso,
Gasiorowsky. C’est pour cela que l’on peint encore, bien
après Giotto, et Van Eyck. |