La galerie ColletPark présente
Stupeur;
une exposition de Sylvie Auvray et Delphine Coindet
avec l'aimable participation de la galerie Laurent Godin
Sur l'échelle des imaginaires, des matières et des
médiums, Sylvie Auvray et Delphine Coindet se situent a priori à l'opposé.
Sylvie Auvray explore à la main toutes sortes de pratiques
(le bois, la peinture, les pastels, le grattage, le dessin partout,
tout le temps(...). Son univers est obsessionnel, très personnel,
même si elle détourne à l'occasion des images
trouvées. Il vaudrait mieux parler d'images cherchées,
d'ailleurs, dans les revues surannées, les cartoons rétro,
les marchandises désuètes, et tout le reliquaire des
années 50. Delphine Coindet travaille au contraire dans un
champ presque exclusivement sculptural. Ses sculptures précises
ont d'ailleurs toujours possédé cette qualité générique
qui les place entre le règne de la 3D et celui de l'image
plate, conçue sur ordinateur. Les couleurs sont éclatantes,
industrielles, modernes. Si l'on excepte ses dessins au feutre, elle
n'intervient pas physiquement dans la production des pièces.
Mais ce mode de fabrication évolue. Dans Stupeur , la gothique
colonne Rock hard, est bombée à la main, et le mobile
est visiblement bricolé. On le devine donc, il y a bien quelque
chose qui relie ces deux artistes : Sylvie Auvray et Delphine Coindet
partagent un intérêt identique pour le destin des objets,
le choc des textures et des imprimés, et in fine pour la chose
pop . Dans Stupeur , elles en livrent deux interprétations
divergentes, mais également perverses, un pop générique
et chatoyant d'un côté, l'exploration vernaculaire d'un
kitsch charmeur de l'autre. Et leurs œuvres sont porteuses d'une
même conscience de l'état du monde des objets, produite
désormais en vue de sa reproduction en tant que signe (image)
: les années 50 -élevées à la gloire
tranquille de la marchandise- semblent lointaines.
Ainsi la panoplie de la-jeune-fille-parfaite qu'on
trouve par endroits chez Sylvie Auvray (papillon, fleurs fraîches, dentelles et
couleurs pastel) ne dissimule que très partiellement un trouble.
Pas simplement jolies, les jeunes filles ont l'air démentes,
au bord de la pendaison, et les ménagères importées
directement des Trente Glorieuses sont sur le point d'imploser. La
série des bibelots-projectiles - cristallise cette tension
: des coiffes queer , des pingouins, un mini-bestiaire, des citrons,
un panda, un âne en peluche, de petits personnages libertins
et autres fantaisies du siècle des Lumières et le plus
petit king kong du monde, toutes ces joliesses décoratives
sont embourbées dans le plâtre, transformées
en grenade. Le geste est drôle. Il est aussi cruel car les
objets sont maltraités comme ce petit daim captif du plâtre
blanc, perdu comme l'agneau d' Away from the flock . Chez Delphine
Coindet, la fraîcheur fonctionne comme un piège : l'échantillonnage
de toutes les textures, la composition arbitraire, et les jeux de
miroir illusionnistes sont des appâts. Et la séduction
violente qu'exercent ses pièces révèle un désir
de capturer le spectateur, de l'étonner au sens le plus fort
du terme, bien plus que de lui plaire. Pour Sylvie Auvray et Delphine
Coindet, la jouissance de l'accès facile ne se fait plus,
désormais, sans le plaisir de l'appropriation physique.
Jill Gasparina
Sylvie Auvray est née en 1974 à Paris
F
Delphine Coindet est née en 1969 à Albertville, F
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