La sculpture de Michael Kienzer
n’offre
pas à priori de continuité flagrante ou d’évidence
formelle, pas plus que de signe d’identité stylistique
manifeste. Souvent pauvre ou brut dans ses matériaux, touchant à l’objet
comme au monument public, à l’architecture et à l’installation
dans l’espace bâti, presque à la statuaire, ne
s’interdisant pas le tableau mais évitant l’image,
Kienzer travaille dans quelques héritages aisément
repérables (la sculpture minimale, l’anti-monument,
le process-art, l’intervention contextuelle) mais demeure très
(heureusement) imprévisible dans ses propositions. C’est
cependant par la logique interne de production et de composition
de ses formes qu’il manifeste la singularité de son
geste, et par une économie de production de sens au cheminement
indirect et à l’effet pourtant immédiat. D’où le
sens d’une tentative de rendre compte des enjeux d’une œuvre
et d’un travail bien peu formaliste dans une perspective formelle,
en comptant bien sûr que l’analyse formelle conduise à son
autre, la production du sens et la construction d’un être
au monde singulier et partageable qui constitue un fondement de la
pratique contemporaine de l’art. Car cette œuvre qui s’est
construite maintenant sur une grosse vingtaine d’années,
depuis le milieu des années 80, tient sur un principe d’écriture
non exclusif mais central par fidélité à un
principe structurel de composition. Plus précisément,
sur un principe de tension interne et plus encore sur un principe
de représentation d’une tension compositionnelle qui
prend des formes variées. Par cette formule de tension compositionnelle,
je risque de laisser entendre qu’il s’agirait très
simplement d’un principe structurel qui définirait une
physique des matériaux, qui jouerait par pression, contraction,
compression, détente et autres faits de force, de gravité et
de résistance, bref, d’une mise en effort des matériaux.
Mais le propre du geste de Kienzer tient en ce que cette tension
est avant tout un fait de perception, de sensation bien plus que
de mécanique ou de réalité structurelle. La
tension compositionnelle est avant tout une image et non l’exercice
de l’autorité de la main contre la matière.
Extrait de La syntaxe Kienzer (méta-mécanique du Witz)
Christophe Domino, Paris, février 2008
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