Du 8 mars au 15 juin 2008, le Frac
des Pays de la Loire invite l’artiste Saâdane Afif à investir
la salle Jean-François Taddéi.
Diplômé des Beaux-Arts de Bourges, en post-Diplôme à l’Ecole
des Beaux Arts de Nantes, Saâdane Afif réalise sa première
exposition personnelle en 1998 (Galerie Michel Rein, Tours). Il vit
successivement à Marseille, Nice (Villa Arson) et Glasgow (Villa
Médicis Hors les Murs). Depuis 2003, il réside à Berlin.
En 2005, il est le deuxième lauréat du prix international
d’art contemporain de la fondation Prince Pierre de Monaco. En
2007, il est présent à la douzième Documenta de
Kassel.
Saâdane Afif n’est spécialiste en rien : rencontres,
dessins, sculptures, photographies, installations, sons, attitudes,
slogans et textes, autant de champs exploratoires où l’artiste
guette le réel, le filtre et le transpose poétiquement. «J’appartiens à une
génération d’artistes qui (...) aborde l’art
comme une forme de langage avec lequel on joue, qu’on déforme,
qu’on transforme, sans cette recherche précise de l’objet
qu’avaient nos aînés.» Et le langage de
Saâdane Afif semble irréductiblement polyphonique, multipliant
avec une fluidité remarquable les modes d’adresse au
public et questionnant souvent le principe même de l’exposition.
C’est ce que révèle l’installation Power
Chords (2005), chœur de guitares électriques où chaque
instrument joue une suite d’accords déduite de la séquence
chromatique d’un bâton d’André Cadere (exemple
d’une pratique citationnelle récurrente chez Saâdane
Afif). Ces riffs reprennent le principe des « Money chords »,
succession de trois ou quatre accords qui ponctuent l’histoire
du rock et suffisent souvent à faire un tube. Mais par la
place qu’elle laisse au silence et à la dissonance,
Power Chords ruine toute efficacité mélodique et rythmique,
donnant sa préférence au déploiement d’ un
paysage sonore mélancolique offert au spectateur-auditeur.
Lyrics (2005) poursuit cette modalité d’ouverture d’un
territoire expérimental dans l’exposition : l’artiste
y interroge ses expositions passées via une installation dépouillée,
combinant textes de chansons imprimés aux murs, ballet de
cercles lumineux projetés au sol, et scène déserte
construite à partir de matériaux de récupération
trouvés initialement au Palais de Tokyo. Pour l’écriture
des textes, Saâdane Afif sollicite des écrivains et
critiques d’art en leur demandant de « traduire » certaines
de ses œuvres en chanson, puis invite des musiciens à mettre
ces textes en musique. Désirant produire un commentaire sur
son travail qui dépasse le cadre critique, didactique ou journalistique,
Saâdane Afif s’attache à la qualité poétique
des textes produits, qui gardent par essence une forme de résistance à l’entendement
direct au même titre que les œuvres auxquelles ils se
réfèrent. L’œuvre et le texte entretiennent
alors un dialogue inédit, qui redessine les limites dans lesquelles
l’artiste inscrit sa pratique, mue par une logique du débordement
vers d’autres réalités (textuelles, musicales
et discographiques).
Lors de la Biennale de Lyon 2007, Saâdane Afif est invité en
tant que commissaire à poser son regard sur la scène
artistique française durant les dix dernières années.
Là encore, il s’emploie à produire des déplacements
(de sens, de forme, de responsabilité) et configure une exposition-portrait
en rendant hommage à Patrice Joly, fondateur et directeur
de la Zoo Galerie de Nantes et de la revue critique 02. Différemment,
Saâdane Afif prolonge la logique coopérative qui marque
l’ensemble de son œuvre et réaffirme son crédo
: « Notre société et les structures qui la régissent,
monde de l’art compris, incitent profondément au repli
sur soi. Or, les idées et les formes gagnent souvent à être
partagées. »
Eva Prouteau
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