« Ma voie est traversée par un fil
unique qui relie tout » Confucius
De ses origines périgourdines Bernadette Maille a gardé ses
premières confrontations aux peintures rupestres, mais aussi
ses premiers étonnements et interrogations sur la naissance « de » et « à » l’humanité.
Ces traces, comme premiers morceaux de culture, la poursuivent. Les
ombres, les empreintes de mains, de pieds, sur la terre, sur les
murs, ces ombres et empreintes reconnues et identifiées ne
sont-elles pas les premiers accès à l’humain.
Le trait sur une surface vierge, indistincte, confuse, n’est-il
pas aussi un des premiers gestes d’humanité, en séparant,
différenciant, ordonnant… le monde et initiant le geste
de l’artiste. C’est dans ce retour à ces modes
d’expression premiers et universels que s’inscrit l’oeuvre
de Bernadette Maille, travail sur le trait, la ligne, la trace, la
représentation et aussi leurs effets « coupure » et « cicatrice » .
Très vite y est associé le fil, fil
qu’elle incrustera dans la matière de ses tableaux .
C’est avec le fil qu’elle trouve la ligne, avec la ligne
son écriture, l’écriture… Ce sont ainsi
toutes les écritures qui sont interrogées, depuis les
caractères cunéiformes des Sumériens aux traces
de fils, coulures, autres lignes-écritures exprimées
dans l’art contemporain, de Henri Michaux à Pollock
et Cy Tombly. Mais avec le fil se développe, se déploie
le travail de culture et de représentation. Avec le fil s’ouvre
le travail de tissage, métaphore du lien, les entrelacs, les
nœuds mais aussi en contrepoint : l’effiloché,
le déchiré, le déconstruit. Ses tableaux nommés
: « racines » « cicatrices » « nœuds » présentant
des formes épurées s’inscrivent dans cette approche.
C’est encore autour de ces thèmes que Bernadette Maille
présente aujourd’hui des installations. Si nous retrouvons
les mêmes éléments contenus dans ses toiles (plâtre,
fils, traces), ils se déploient maintenant dans l’espace
pour mieux faire participer le spectateur.
Ces installations succèdent à deux manifestations
récentes (« d’un arbre à l’autre » dans
le parc Charron à Ambares - juin 2006 et au Domaine Beauval à Bassens
septembre 2007) qui combinaient également constructions naturelles,
objets sculptures, jeux d’ombres et de lumières. Un
des sujets principaux de ses installations était le « nid »,
autre élément riche en métaphores... Dans les
installations proposées à l’espace 29 sont présentes
ces mêmes préoccupations autour de l’accés à la
culture et aux symboles : ce sont des totems où sont suspendus
des amulettes, des ex-voto, des icones. Cette mise en scène
se veut également ludique. Il en est ainsi de l’ex-voto « sweet
dreams » qui se joue des oppositions, du montré/caché,
du dit et du non-dit, des contraires, du clivage bon / mauvais, de
l’ambivalence. Par le parcours qu’elle propose, elle
confronte également le spectateur à un labyrinthe.
C’est aussi une invitation au voyage parmi des objets fragiles, éparpillés, énigmatiques,
inconnus et reconnus, trouvés et retrouvés. Ainsi Bernadette
Maille continue de développer un vocabulaire, une technique
très personnelle , unique qui la rendent sans cesse reconnaissable………entre
tous.
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