Adrian
Schiess est connu pour ses peintures monochromes, des plaques,
des feuilles, des
panneaux colorés qu’il dispose à même le
sol et qu’il confronte occasionnellement à des
images vidéos abstraites. Ces oeuvres ont été fréquemment
exposées, à l’occasion
d’expositions personnelles dans des galeries privées ou
lors de manifestations prestigieuses
comme la Biennale de Venise en 1990 ou la Documenta IX à Cassel
en 1992.
Cependant, depuis 1997, Adrian Schiess travaille en parallèle à un
nouvel ensemble, de
petites et pâteuses peintures, dont celles qui sont montrées
aujourd’hui à la salle de bains
représentent la dernière évolution. Moins réputées,
ces peintures font ressurgir le souvenir
de ses premiers travaux («Bois» 1982, «Lambeaux» 1984, éparpillements
de cartons, de
bois ou de débris badigeonnés de peinture) et permettent
de reconsidérer ses “travauxà plats“. Car si le monochrome et la planéité s’entendent
habituellement comme les moyens
d’une rationalisation, d’une réduction de la peinture,
pour l’amener à sa plus simple et ultime
expression, Adrian Schiess y voit plutôt une forme de chaos.
Le monochrome est multiplié,
diffusé, assemblé, superposé aux refl ets des
espaces qui l’accueillent, dégradé aux
lumières des fenêtres ou des spots qui l’éclairent.
Le monochrome est chez lui conjugué au
pluriel, les plaques colorées sont “les pixels“ d’une
image à recomposer, une image sans
cesse grandissante, addition perpétuelle de couleurs, de refl
ets, de perceptions
momentanées.
C’est dans le même esprit que sont réalisées
ses nouvelles peintures dont les titres imagés“
Mondlicht“ (Clair de lune), “Ciel d’été avec
lune“, “Début octobre 1 et 2“, semblent plus
relever de la tradition provençale que de l’helvétique:
la montagne Sainte-Victoire de
Cézanne, référence obligée de la peinture
moderne est d’ailleurs proche de Mouans-Sartoux
où Adrian Schiess a construit sa retraite. Malheureusement pour
les amateurs de “belle
peinture“, les titres restent relativement interchangeables et
les motifs ne sont pas
reconnaissables. Les couches de peinture sont si présentes -
elles sont quelquefois
augmentées artifi ciellement à l’aide de mousse
comme on le fait aussi dans le domaine de
la chirurgie esthétique - que toute projection mentale à travers
la fenêtre picturale est
impossible (comme elle l’était dans les plaques où l’effet
de miroir interdisait la profondeur et
renvoyait à l’espace réel situé “en
avant“ de la peinture.). La tridimensionnalité est ainsi
rejetée à l’extérieur de la peinture. Sans
motif, la peinture ne nous livre plus qu’une image de
la perception momentanée, où des vues différentes
sont rassemblées, comprimées dans
une image aux contours indéfinis. Ce que les “travaux à plats“ offraient
en étalement et
diffusion, les “peintures“ nous le présentent en épaisseur
et compression.
Valérie Parenson.
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