FINE MOUCHE
Artiste singulière, féconde et sans inhibition, la
strasbourgeoise Pétra Werlé sculpte depuis toujours
la mie de pain, tiède et tendre matière qui se plie à ses
fantasmes. Sa démarche artistique se fond dans le minuscule
pour mieux embrasser l’immensité éternelle du
temps et de l’espace. La vie, l’amour, la mort, l’humour
sont les thèmes récurrents de sa recherche.
Le pain, Pétra s’en sert encore pour peaufiner les
visages et les corps, mais la ronde des viennoiseries, des baguettes,
des flûtes et des craquantes est aujourd’hui derrière
elle. Place aux papillons, scarabées d’or et d’argent,
alias verte, petit nacré, noctuelle du pied d’alouette,
sauterelles, chrysophora noir de Colombie, cocons d’araignées,
bêtes océanes, à pinces, à carapaces, à coquilles, à frustules.
Voici venu le temps de la sarabande des chimères : libellules-amazones,
bouffons-chambellans, princes encornés, rossignol-massaï,
lilliputiens chaussés de goliaths…
Dans leurs écrins, les trouvailles animales, végétales
et minérales, dénichées dans les sous-bois ou
auprès d’entomologistes, de plumassiers, de brocanteurs,
composent des créatures théâtrales, kabuki poétique
et burlesque. C’est un monde imaginaire sans âge et sans époque,
dans lequel souffle un vent de liberté. Magicienne, Pétra
Werlé brise la tradition pour la réinventer en mille
légendes secrètes et foisonnantes.
En filigrane des textes courts d'Ariane Chottin.
L’exposition sera accompagnée d’un
livre réalisé par les éditions Castor § Pollux
Photographies : Frantisek Zvardon
Commissariat de l’exposition
: Martine Lusardy, Directrice de la Halle Saint-Pierre
Pétra Werlé :
01 55 86 93 43
werle.petra@libertysurf.fr
Biographie à consulter sur le site : http://petra.werle.free.fr
PREFACE pour « Histoire(s) naturelle(s) »
On entre dans l’antre comme en capharnaüm. A la recherche
de salamandres, de bave de crapaud, d’incantations maléfiques.
Les sorcières de Macbeth auraient-elles laissé à Pétra
Werlé cet atelier en héritage ? Les yeux ne savent
où se poser. On hésite à esquisser le moindre
geste. Difficile d’amasser, d’entasser plus en un si
minuscule endroit.
Gratte-ciel de cagettes, échafaudages brinquebalants de boîtes
en carton, équilibres anarchiques de trouvailles animales,
végétales et minérales. Pièces, ô combien
si communes et si rares, dénichées dans les sous-bois
ou auprès d’entomologistes, de plumassiers, de brocanteurs.
Papillons, scarabées d’or et d’argent, halias
verte, petit nacré, grande tortue, noctuelle du pied d’alouette,
libellules, sauterelles, chrysina du Mexique, chrysophora chrysochlora
noir de Colombie, cocons d’araignées, bêtes océanes, à pinces, à carapaces, à coquilles, à frustules.
Et si pendant des années, Pétra a sculpté l’amour
en mie de pain, désormais le grand chambardement de la boulange
a pris fin. Les mitrons sont en vacances, avec leurs valises remplies
de flûtes, de viennoiseries, de baguettes, de craquantes.
Pétra Werlé se veut aujourd’hui génitrice
du samouraï-oiseau et du pitre-coléoptère , druidesse
entourée d’abeilles, d’ailes translucides, de
cocons annonciateurs d’un avenir qui se recrée sans
cesse. Les marmites sont sur le feu. C’est le temps de la grande
farce métamorphosée en drame théâtral.
L’ancienne peau des légendes est remplacée par
les apparats multicolores d’une sarabande shakespearienne.
Libellules-amazones, bouffons-chambellans, princes encornés,
lilliputiens chaussés de goliaths, kabuki des arthropodes,
sabre d’aigrette, rossignol-massaï, phasme guerrier. Phytophage
amoureux. Parade cannibale des couleurs, de la femelle et du mâle.
Pétra Werlé s’est faite prêtresse, déesse
de la fertilité. Elle retourne à la tradition pour
la briser et la réinventer. Son œuvre se touille en mille
légendes. A l’ombre des regards indiscrets, car il est
des recettes à ne transmettre que de bouche à oreille.
Celles des marmites secrètes et foisonnantes, avides de répondre à la
question : « Ne sommes-nous pas une aberration dans l’ordonnance
de l’univers ? » Thane de Cawdor
«
Je suis comme un moulin. J’ai tout regardé et tout ce
que j’ai vu, je l’ai absorbé et moulu très
fin ». Francis Bacon
|