Nek Chand, né en 1924, et Jivya Soma Mashe,
né en 1934, sont deux artistes indiens parmi les plus renommés
et les plus représentatifs dans leur genre. Leurs œuvres
inscrivent l’art dans le paysage. La marche et le mouvement
y sont omniprésents.
Une confrontation entre leurs œuvres est une première.
Quelques autres œuvres d’art tribal et d’art populaire
indiens viennent ponctuer l’ensemble de l'exposition.
Nek Chand
Nek Chand Saini est célèbre pour son "Rock Garden",
un jardin de sculpture sur 12 hectares dans la ville de Chandigarh
en Inde.
En 1958, alors qu’il a 34 ans, Nek Chand est responsable de la
construction des routes à Chandigarh, capitale du Pendjab conçue
par Le Corbusier. Chaque soir, il enfourche sa bicyclette et rapporte,
par centaines, des pierres qu'il trouve dans les contreforts de l'Himalaya
et qu'il sent "dotées d'une âme". Elles constituent
la matière première des sculptures qu'il fabrique également
avec une multitude de déchets urbains récupérés
: fil de fer rouillé, tôle usagée, pièces
détachées de bicyclettes, tuyaux abandonnés, bracelets
brisés. En secret, dans une clairière, Nek Chand crée
durant la nuit un royaume peuplé de dieux et de déesses,
de personnages et d'animaux multicolores, le "Rock Garden".
Ce royaume s'étend aujourd'hui sur un site de 12 hectares, invitant
le visiteur à parcourir sentiers, places et cascades. L'inventivité et
la liberté font de ce jardin une oeuvre d'art éblouissante,
un mode de vie relevant de la philosophie et de la sagesse.
http://www.nekchand.com/
Jivya Soma Mashe
Méconnue du grand public, l'oeuvre picturale de Jivya Soma
Mashe est considérée par les experts comme l'une des
plus importantes de l'art tribal indien de ces 60 dernières
années.
Jivya Soma Mashe est né au début des années
1930 dans le village de Sauna. Abandonné par sa famille dés
son plus jeune âge, il s'enferme dans un mutisme total. Sa
seule façon de s'exprimer alors, est de tracer des dessins à même
le sol. Cette attitude étrange lui vaut rapidement un statut
particulier au sein de sa communauté. Les premiers émissaires
du gouvernement, en charge de conserver et de promouvoir l'art des
Warli*, sont vite étonnés par les qualités artistiques
de cet homme. De cette période de repli sur lui-même,
Jivya Soma Mashe semble avoir conservé un imaginaire et surtout
une sensibilité hors du commun. Le travail sur des supports
comme le papier et la toile lui ont permis de s'affranchir des contraintes
de la surface irrégulière et escarpée du mur.
Jivya Soma Mashe a métamorphosé l'aspect abrupt des
peintures éphémères en un style libre et franc
d'où émane une grande sensibilité. Chaque détails
de ses peintures en sont le témoignage. Le trait, la ligne
et les points qui foisonnent, fourmillent, sur la toile vibrent et
s'agencent au grès de compositions habiles qui, elles même,
renforcent la vibration de l'ensemble. Le détail et la composition
générale de l'oeuvre sont, l'un et l'autre, au service
de la vie et du mouvement. Les thèmes récurrents de
son oeuvre, l'activité quotidienne des siens et les légendes
Warli, sont eux aussi le prétexte à un éloge
constant de la vie et du mouvement.
*Jusqu'à la fin des années 60, l'art pictural des
Warli était le fait exclusif des femmes. Cet art rituel ancestral
allait, au cours des années 70, subir un changement radical
Un homme, Jivya Soma Mashe, se mit à peindre, non pas à la
seule occasion des rituelles, mais quotidiennement. Son talent fut
très vite remarqué au niveau national, puis au niveau
international.
Cette reconnaissance sans antécédent, entraîna
dans son sillage nombre de jeunes gens dont certains ponctuent l’exposition.
L'art tribal indien
Les indiens appellent les individus issus de communautés tribales
les "adivasi", ce qui signifie "premiers habitants".
Pourtant, de l'art tribal indien nous ne connaissons presque rien.
Durant plus de plus de deux mille ans, le foisonnement des arts sacrés,
bouddhistes, jaïn, hindous ou encore musulmans, ont presque
totalement occulté l'art tribal de ce sous-continent.
Fort heureusement, grâce au gouvernement indien et à l'aide
ponctuelle d'amateurs éclairés, l'art tribal de l'Inde
ne s'est pas complètement éteint. Dans les années
70, le gouvernement indien, conscient de la disparition progressive
de ce patrimoine artistique est venu en aide à l'ensemble
de ses diverses communautés ethniques et a introduits auprès
de ces artistes d'autres supports tels que le papier et la toile.
Faciles à transporter et à exposer, ces nouveaux supports
ont permis également de faire connaître ces formes d'art
ancestral hors de leurs frontières géographiques.
Ainsi fût découvert, dés le début des
années 70, la plupart de celles ou de ceux qui allaient devenir
les représentants majeurs de l'art tribal indien.
Jivya Soma Mashe fût l'un des premiers d'entre eux à avoir
une reconnaissance nationale puis internationale.
Hervé Perdriolle.
(in Tribals Art magazine, Septembre 2001)
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