Né en Palestine en 1971, Raed Bawayah a
terminé ses études de photographie à l’école
d’art israélienne Musrarah à Jérusalem
en 2004. Résident de la Cité internationale des arts à Paris,
il a participé en juin 2006 à l’exposition Ramallah-Tel-Aviv,
au jour le jour à l’Hôtel de Ville de Paris avec
le photographe israélien, Pavel Wolberg. Il fait partie de
ces artistes qui ont un vrai regard à la manière de
Raymond Depardon, Josef Koudelka ou encore de Jean Dieuzaide. Les
photographies de Raed Bawayah parlent d’elles-mêmes,
sans excès de pathos, de véritables compositions photographiques
de la condition humaine.
Raed Bawayah est dans
la mouvance de ces jeunes artistes palestiniens qui s’intéressent plus à l’identité individuelle
et moins à un contexte politique et ce dans le souci d’inscrire
la société palestinienne dans la vie courante et normalisée.
À ce jour, il a réalisé cinq séries
de portraits en noir et blanc qui témoignent d’une grande
sensibilité et d’une quête permanente d’identité – la
sienne et celle des autres. Il se voit à travers la réalité de
ses héros qu’il suit en les mettant en situation de
confiance qui donne naissance à une intimité remarquable
et unique.
L’exposition Morceaux choisis à la galerie Serge Aboukrat
présente quelques extraits de chaque série, certains
pour la première fois à Paris.
La série Childhood memories (2002-2003) a été réalisée
pendant ses études. Issu d’une famille de neuf enfants,
privé d’un père mort dans un accident de travail,
Raed Bawayah comprend très vite la réalité quotidienne
en commençant à travailler tôt pour aider sa
famille financièrement. Dans cette série Raed Bawayah
a souhaité faire un retour vers cette période difficile
au travers de sa famille – ses neveux, sa mère, sa tante… Les
souvenirs de désespoir et de pauvreté de son enfance
sont restés dans chaque coin de la maison où il a grandi
et presque 30 ans plus tard il s’aperçoit que les conditions
de vie restent les mêmes. Ses photographies embellissent sa
famille et sa maison qu’il a longtemps considérés
comme laides. Il renoue ainsi avec son passé.
La série ID 925596611 (2003) a aussi été réalisée
pendant ses études de photographie à Jérusalem.
Raed Bawayah entre à l’école d’art israélienne
Musrara au moment où le 2e Intifada éclate. Il se retrouve
dans une situation illégale sans autorisation d’entrée
en Israël pour suivre ses études et se fait arrêté par
la police. Pendant les deux semaines passées en prison, Raed
Bawayah rencontrent des travailleurs palestiniens dans la même
situation d’illégalité comme lui. À sa
sortie, il décide de réaliser ce reportage photographique,
en référence au numéro de sa carte d’identité.
Il se pose la question de la libre circulation et l’état
de légalité dans un territoire donné.
La série Psychiatric Hospital (2005) questionne la notion
de l’Autre dans la société humaine, en général,
mais aussi dans la société palestinienne, à travers
un aspect documentaire de la vie des patients dans un hôpital
psychiatrique à BethLehem (Palestine). À travers ces
images en noir et blanc, le photographe nous pose plusieurs questions
: qui est un être humain dit " normal " ? qui a la
légitimité de déclarer une personne " anormal " ?
Les patients marginalisés de cet hôpital psychiatrique
- les héros de cette série - sont stigmatisés
; ils en souffrent ; leurs familles et l’hôpital aussi.
En dévoilant ce secteur à travers cette série,
le photographe veut montrer une autre image qui les décrit
d’une manière plus transparente, presque humoristique
et sans les idées reçues.
Dans la série Gypsies (2006) Raed Bawayah continue sa quête
d’identité à travers son immigration de la Palestine
en Europe. Il s’interroge sur la dépendance croissante
d’un immigrant dans son nouvel environnement. L’immigré a
un rêve de réussir dans ce monde occidental et pour
cela il a quitté son pays. Sa réalité quotidienne
est différente.
Raed Bawayah vit ce changement d’endroit à travers ses
héros.
Enfin, suite à l’exposition Ramallah-Tel-Aviv, au jour
le jour, Raed Bawayah et Pavel Wolberg ont été invités
par la Mairie de Paris à réaliser le reportage photographique
Paris le jour, Paris la nuit.
|