Vernissage mercredi 28 mars à partir
de 18 h 30.
Stéphane Sautour allie une virtuosité plastique certaine, à une
implacable connaissance de l’image et de ses mécanismes
de fonctionnement. Son travail construit un univers inquiétant
qui place le spectateur dans un entre-deux indéfinissable. Influencé par
la pensée de Bernard Stiegler, Isabelle Stengers ou encore Bernadette
Bensaude-Vincent, il pose les jalons d’une réflexion critique
sur la place de l’Homme dans l’univers technologique. Terraforming
est la première exposition personnelle de l’artiste dans
un centre d’art contemporain d’Ile-de-France. Le titre
de l’exposition est la traduction anglaise de la terraformation,
processus d'ingénierie planétaire visant à améliorer
les conditions d’apparition de la vie sur les planètes
extraterrestres dans l’optique utopiste d’en rendre certaines
habitables par l’Homme. Infiltration. Contamination. Hybridation.
Stéphane Sautour évide les formes,
désinvestit l’intime, mais réinjecte de l’affect
dans l’automatisme, brouillant tous les repères. En
2001, il réalise entre autres, Go, jeu de stratégie
sur ordinateur dont le spectateur devient un pion en pénétrant
dans l’espace d’exposition, et Tank, CD-Rom permettant
de constituer des lettres de motivation à partir d’un
simple clic de souris. Fight Club (2002) est emblématique
de ces allers-retours, entre robotisation et humanisation. Deux robots-chiens
Aibo de Sony, programmes pour s’entrechoquer, semblent se livrer
un combat sans merci ; de temps en temps, perdant de vue leur cible,
ils s’arrêtent. Bien que l’affrontement soit en
réalité purement mécanique, le spectateur ne
peut s’empêcher de projeter des interprétations
anthropomorphistes.
Pour l’Ecole municipale des Beaux-arts/galerie
Edouard Manet, Stéphane Sautour prépare plusieurs projets
inédits dont Idoru, ensemble de pièces construisant
une étrange fiction. Conçue pour l’espace de
la galerie, une réduction en marqueterie du Northtrop B-2
Spirit, célèbre avion furtif américain, s’extrait
du sol en parquet dont elle a pris l’apparence. Le bombardier,
figure d’une extrême sophistication de l’armement,
revêt ici un caractère extrêmement précieux.
Dans le même temps, et selon le principe du bio-mimétisme
utilisé dans l’industrie, il se charge d’une certaine
organicité due au matériau utilisé – le
bois –, ainsi qu’au voisinage des aquarelles ou il apparaît
comme une méduse, ou une sole tapie dans les fonds sous-marins.
Les séries d’aquarelles exposées parallèlement
esquisse le synopsis d’un énigmatique récit.
Les images se donnent comme des fragments indiciels d’un storyboard
inachevé. Le récit demeure ouvert, la combinatoire
cède la place à l’imagination. Ici, un containeur,
là une constellation. L’intérieur d’un
cockpit, un objet qui implose. Sombres et lumineuses à la
fois, ces aquarelles nous plongent dans l’univers de la traque
et du secret ou les visages humains sont gommes, et la machine omniprésente.
Le titre Idoru renvoie quant à lui au roman cyberpunk éponyme
de William Gibson (1996) où, dans un Tokyo post-apocalyptique,
le chanteur d’un groupe de Rock ultra populaire défraye
la chronique en épousant une créature totalement virtuelle
prénommée Idoru.
L’installation Mood clôt le parcours. Une cloison de
verre transparent empêche l’accès à la
dernière salle de l’exposition. Lorsque le visiteur
s’en approche et souffle dessus, le mot "murderer" ("assassin" en
Anglais) apparaît furtivement sur la vitre, puis disparaît.
Totalement invisible à l’oeil nu, l’inscription
se révèle grâce à la réaction chimique
produite par la condensation sur le verre spécialement traite.
Ce seuil paradoxal et fantomatique condamne le spectateur à observer
la pièce vide se charger de mystère, à mesure
que la référence hitchcockienne imprègne son
imagination.
Si la littérature de science-fiction croise en filigrane
le cinéma fantastique et la réalité de l’armement
américain, les codes sont déjoués, rejoués.
La référence laisse place à la réminiscence
et aux déformations inconscientes de l’esprit. Les oeuvres
de Stéphane Sautour soulignent l’importance de l’image
dans nos comportements, ainsi que dans les projections sur lesquelles
s’établissent nos interprétations des faits.
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