Stefan BRÜGGEMANN, François-Xavier
COURREGES, PRVTDNCR
Entre apparition et disparition, dévoilement de l’image
et dévoiement de son immédiateté sémantique...
les trois artistes invités dans l’exposition « Vraiment
? » investissent, par des voies diverses, l’écrit
pour fabriquer un langage visuel. Surtout, ils s’en amusent,
l’utilisant chacun comme un outil formel révélant
une autre nature que ce qu’il laisse entrevoir lors d’une
approche - d’une lecture - immédiate. Par jeu, pudeur,
provocation, ironie ou goût pour le malentendu, ils triturent
le texte et le maltraitent, tout en questionnant par-delà la
potentielle véracité du message délivré au
regard, montrant en outre des choses qui ne sont pas toujours ce
qu’elles prétendent être.
Ainsi Stefan BRÜGGEMANN , artiste mexicain qui expose pour
la première fois en France, fonde-t-il l’essentiel de
son travail sur la question de l’incompréhension. En
communiquant sur les « Misunderstandings », comme le
laisse voir son néon mural ou le mot est écrit à l’envers,
l’artiste ouvre une brèche dans le processus de lecture
et d’appropriation du sens, et aménage un lieu de discussion
dans l’interstice ainsi créé. Autre œuvre
lumineuse, Words that become Pictures, Pictures that become Words
participe de cette confusion des choses et des genres induite par
l’écriture. La phrase initie en creux une sorte de négation
paradoxale contenue dans deux affirmations, dont on ne sait finalement
si elles sont complémentaires, antinomiques ou bien se neutralisent.
Dans ses photos de vaguelettes en néons, motif purement ornemental
découvert dans un lieu public, François-Xavier COURREGES
génère comme des fragments d’une écriture
automatique, voire compulsive. Si les mots n’existent pas,
c’est ce qui paradoxalement les fait apparaître à l’esprit
et affirme l’impact visuel du texte.
De même dans ses dessins au stylo de couleur réalisés
sur de traditionnelles feuilles de papier A4, qui tous confinent à l’écriture « instinctive » ou
au « gribouillage », c’est presque une correspondance
intime que pudiquement l’artiste a effacée en refusant
de la livrer. Révélant presque la forme écrite à travers
sa disparition, ils laissent chacun seul face à la question
du sens.
Artiste anonyme dont on ne connaît pratiquement rien, n’était-ce
un « nom de scène » qui comme pour tous les tagueurs
permet de le désigner sans l’identifier, PRVTDNCR (pour « Private
Dancer ») inscrit son travail dans le contexte urbain de Los
Angeles. Ses photographies sont des témoignages d’actions
où des murs et des canapés (nombreux dans le ghetto)
sont tagués à la bombe par l’artiste. Immédiatement
barrés avec une autre couleur, cesslogans qui lui permettent
de « s’approprier » le paysage constituent autant
d’affirmations et de négations à la fois ironiques,
vigoureuses et provocatrices, comme ce Sorry about your face écrit
en face d’un salon de coiffure à la mode. |