Le sens
du mot espèces est d’abord
emprunté aux sciences naturelles : mes peintures exposées
au CDM-Galerie On Dirait La Mer, pour la plupart des fixées
sous verre, évoquent le monde animal et parfois le monde végétal.
Elles semblent constituer une sorte de manifeste alarmant face aux
détériorations écologiques actuelles. Cependant,
le mot disparition évoque pour moi un ressenti bien plus complexe
et ambiguë. Il ne se résume pas à la seule nostalgie
effrayée d’un monde perdu à jamais. Species signifie
en latin apparence. L’effacement des images est comme l’écho
intérieur d’un problème planétaire.
Une disparition n’est pas forcément définitive,
elle peut être passagère : myope depuis mes 8 ans, le
réel se dissout dans un flou vaporeux dès que je retire
mes verres correcteurs. Rien de grave donc, sinon que je suis l’esclave
du verre, et son admirateur émerveillé. Je lui rend
hommage à travers l’utilisation de boites de pétri
et de verres de montre. Ces outils de laboratoire, utilisés
en chimie ou en biologie, invitent le visiteur à voir « derrière
la vitre » des animalcules, plus suggérés que
décrits, en mouvement derrière un écran , ou
comme figés dans un bocal dans l’attente d’une
biopsie. Le verre génère la curiosité ou à l’inverse
une frustration dues à son épaisseur, ses brillances
et ses reflets inopinés qui brouillent le regard, le mettent à distance.
Le flou côtoie la précision du microscope : maniaque
du détail comme souvent le sont les grands myopes, je trouve
sur les surfaces étroites de ces cercles de verres un terrain
propice à toutes les expérimentations.
La disparition produit
en l’occurrence des chimères
: rêves ou cauchemars ? Je me prête au jeu matiériste
du peintre alchimiste sans me soucier des foudres de l’Eglise,
comme il y a 400 ans, mais en restant craintif, en même temps
que curieux, des conséquences des manipulations actuelles
sur le vivant. On fabrique du vivant, moins facilement qu’on
ne le détruit. Mes formes s’effacent pour en générer
de nouvelles. L’ambiguïté de ces destructions me
fait penser aux recherches des artistes de l’avant-garde (début
du XX°s.), mais autant ces artistes déconstruisaient une
tradition rigide et péremptoire, j’ai l’impression
de bâtir sur un monde en déliquescence. Mes matériaux
sont souvent liquides ou mous - eau ou white-spirit colorés,
laques fluides ou résines filandreuses, cire d’abeille
fondue et poudres de pigments etc. - et le hasard se joue de mon
bon vouloir au gré des évaporations, cristallisations
et autres fixations.
Le plaisir de la construction
peut se prolonger dans la mise en scène des boites de Pétri : accrochées sur le
mur, elles créent des formes à leur tour, un peu sur
le principe d’une installation. Changez leur disposition, et
la disparition devient un jeu inoffensif.
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François Boussuge.
Vit et travaille à Marseille.
Peintre et dessinateur
de presse, il illustre des sujets d’actualité pendant
10 ans pour la presse magazine et des quotidiens nationaux généralistes
(Le Monde, L’expansion, le Nouvelle économiste…)
ou spécialisés (Courrier Cadres, l’Infirmière
Magazine …) ainsi que des agences d’édition et
des maisons d’édition scolaire. Il se consacre aujourd’hui à ses
recherches personnelles. C’est sa première exposition
personnelle.
http://occhio.free.fr
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