Différents monuments d’Issoudun ont gardé les
traces de prisonniers qui, à différentes époques,
ont marqué ou gravé les murs qui les ont enfermés.
Le beffroi a encore servi de prison au XXème siècle,
pour les soldats allemands de la Première Guerre Mondiale.
Les graffiti dont ils ont recouvert les parois des cellules ont été préservés
et récemment étudiés par Jean-Louis Laubry,
professeur agrégé. Cette étude a permis de
révéler le rôle et l’importance de ce
genre d’inscriptions, pour la connaissance des faits historiques
et pour l’histoire des mentalités.
Les graffiti du beffroi sont à l’origine de l’exposition
du Musée de l’Hospice Saint-Roch qui propose une reconstitution
des deux cellules avec les relevés photographiques de tous
les graffiti à l’échelle 1. Cette proposition
muséographique souhaite apporter aux visiteurs le contexte
d’origine de ces inscriptions qui ont été réalisées à la
mine de plomb, mais dont l’extrême fragilité ne
permettra sans doute jamais une ouverture des cellules du beffroi
au public. Ce travail de reconstitution s’inscrit ainsi dans
une double volonté de conservation et de valorisation du
patrimoine épigraphique.
Cette première partie de l’exposition présente également
d’autres témoignages de prisonniers du début du XXème
siècle. Les prêts du Musée National des Prisons de Fontainebleau
concernent des objets et des oeuvres réalisés par les bagnards,
des noix sculptées, des dessins et des peintures de condamnés
qui témoignent de cette nécessité de créer et de
s’exprimer. Ces objets sont souvent tout ce qui reste de ces hommes qui
ont été coupés de la société, mis hors la
vie. Des biens personnels comme les pipes en terre des condamnés à mort,
cassées en deux avant de monter sur l’échafaud, aux dessins
de pierres tombales ou d’urnes funéraires, renseignent sur les
préoccupations, les souffrances ou les espoirs des prisonniers.
L’ancien hospice Saint-Roch, devenu musée, conserve également
des graffiti méconnus, gravés par ses pensionnaires sur les murs
de la chapelle, de la salle des malades et de la tour de défense. Dés
la fin du XVIIIème siècle, les prisonniers, civils ou prisonniers
de guerre, sont soignés à l’hospice. Les graffiti de prisonniers
ont été étudiés par Patrice Moreau, attaché de
conservation au musée. Le résultat de ses recherches est publié dans
le catalogue qui accompagne l’exposition.
Hors la vie, artistes et prison
La vision des artistes sur l’enfermement
Dans une deuxième partie, l’exposition porte sur
la notion de l’enfermement, de la privation de liberté à travers
des tableaux et des sculptures d’artistes d’aujourd’hui.
Les œuvres exposées rendent compte de la douleur
et de la désolation qui entoure le monde carcéral.
La distance est plus ou moins grande pour montrer les corps ou
les visages de prisonniers confrontés à eux-mêmes, « Prisonnière,
Jacqueline G. » de Yan Pei-Ming, ou de détenus
accablés, « Le prisonnier » de Victor
Vasarely.
Cette incarnation du désespoir dans les œuvres de
Paul Rebeyrolle « Le chien », de
René Magritte « Le prisonnier », ou
d’André Masson nous renvoie à une actualité toute
récente sur les conditions de détention. Contrairement à la
peinture classique où la justice est magnifiée, à la
peinture romantique où le prisonnier est un héros
malheureux, les peintres de la figuration ou de l’abstraction
du XXème siècle scrutent l’âme du prisonnier
comme aucun rapport écrit ne pourrait jamais le faire. Ils
dénoncent le rôle destructeur des prisons.
Deux artistes ont eu la démarche de rencontrer les prisonniers
et de travailler avec eux.
Robert Combas faisait partie du « Groupe des 41
artistes en prison » qui animait des ateliers de peinture à la
maison d’arrêt de Lyon. Son tableau « L’enfermement » témoigne
du destin des individus qui ne pourront échapper à leur
condition. Quant à Yan Pei-Ming, il organisait des ateliers
d’initiation à la peinture à l’huile, à la
centrale pour femmes de Rennes.
Ces rencontres lui ont permis de faire les portraits de détenues
dont la « Prisonnière, Jacqueline G. ».
En prison, la mort occupe tous les esprits, elle est le lot des
condamnés. De nombreux artistes parmi lesquels Clovis Trouille
et Jules Supervielle, ont dénoncé la peine de mort
avant son abolition en France en 1981. Bernard Buffet peint son
tableau intitulé « La guillotine » en
1977, date de la dernière exécution.
A noter, le prêt exceptionnel du volume des « Carceri » de
Piranèse (1720-1778), conservé dans les collections
de la Médiathèque Equinoxe de Châteauroux.