A première vue, ce que nous donne à voir
Erick Derac sont des photographies en couleur de paysages qui semblent
tout droit tirés d'agrandissements numériques. Des
interférences - presque des protubérances - de toutes
sortes viennent perturber l'image que l'on pourrait qualifier d'originelle.
Il ne s'agit pas de tirages numériques. Toutes les images
sont manipulées au laboratoire, sans la moindre intervention
digitale, comme ultime ambiguïté.
Le travail d'Erick Derac porte en fait sur une certaine
forme de recomposition du paysage qu'il qualifie de corrigé, de nouveau
ou qu'il considère comme en chantier. La notation topographique
renvoie à des questions d'échelle et d'étalonnage, à des
bouleversements de perspective, bref à une recréation
complète du paysage.
Autre paradoxe : l'artiste déconstruit ses images non par
fragmentation territoriale, mais par recomposition et superposition
d'éléments qui lui sont étrangers. La déconstruction
s'opère par accumulations, par glissements de plans, jouant
de façon déséquilibrée entre transparence
et occultation, entre parasitage et intégration.
Les mêmes effets confrontatoires se retrouvent dans les quelques
vidéos présentées dans l'exposition. Les séquences
se succèdent sur un mode similaire, à la fois saccadé et
harmonieux, troublant, dans un tout autre registre, la perception
habituelle que peut se faire le spectateur d'une vidéo de
paysage.
Bernard Marcelis, dans artpress n° 300
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