Commissariat : Jacqueline Caux*
Du 8 mars au 14 mai 2006, le Musée d'Art Contemporain de
Lyon présente la première rétrospective consacrée à Anna
Halprin.
Intitulée «A l'origine de la performance », cette
exposition
présente les travaux de cette grande chorégraphe californienne
et personnalité hors norme de la scène américaine
des années
60 .
Cette exposition, dont le commissariat a été confié à Jacqueline
Caux*, rétablit le rôle essentiel et jusqu'à présent
sous-estimé qu'a joué Anna Halprin dans le domaine
de la performance, mais aussi dans celui de la musique et des arts
plastiques qu'elle
n'a cessé d'associer à cette forme d'expression. Dès
la fin des
années 50, sur un plateau de danse construit en plein air, Anna
Halprin et les danseurs de son « San Francisco's Workshop» commencent à improviser à partir de l'action de se vêtir
et se
dévêtir. Ce travail fait partie des nombreuses recherches
sur le
mouvement menées par la chorégraphe qui, avec la notion
de «
tâches » à accomplir, introduit dans le champ de
la danse les
gestes du quotidien tels que marcher, manger ou se laver, et sort
des lieux de spectacles habituels. Anna Halprin bouleverse non
seulement les codes alors instaurés par la « Modern Dance » mais
elle ouvre le champ à des expérimentations qui vont la
conduire à
remettre en question le rapport aux spectateurs et plus largement
aux faits de société.
Influencée par les recherches du Bauhaus, elle développe
un rapport
particulier à l'architecture et à l'espace, mais aussi
aux réalités
du quotidien. Ainsi, l'exposition met en évidence les influences
de sa réflexion artistique sur la création contemporaine,
mais également sa prise de position radicale face aux événements
socio-politiques de son époque. Le travail qu'elle a réalisé avec les minorités noires et sud-américaines à San
Francisco,à la suite des émeutes de Watts en 1965, montre à quel
point ses
réflexions concernent des problématiques qui sont toujours
d'actualité.
A l'origine de la performance, elle influence dès la fin des
années 50 des artistes qui développent des recherches
dans le
domaine de la musique et des arts visuels tels que La Monte
Young, Terry Riley, Morton Subotnick, Pauline Oliveros, Luciano
Berio, Robert Morris. Ces rencontres sont l'occasion d'échanges
et suscitent des évolutions radicales dans la création
des années 60.
L'impact de son enseignement sur des danseurs comme Yvonne
Rainer, Simone Forti ou Trisha Brown qui participeront à New
York à la fondation du « Judson Dance Theater » est
indéniable.
L'exposition tente de rétablir au travers des photographies
et des
films inédits, des enregistrements sonores, des documents d'archives,
des partitions originales et surtout des entretiens filmés
réalisés spécifiquement pour cette occasion, l'importance
de l'apport
de cette artiste dans l'histoire de la création contemporaine.
La commissaire de l'exposition, Jacqueline Caux présente un
travail
récent, intitulé Who Says I have to dance in a theater… qui
retrace l'importance de cette personnalité exceptionnelle. Un
long entretien avec l'artiste et de nombreuses photographies et
documents sont publiés dans le catalogue qui accompagne l'exposition.
Agée de 85 ans, Anna Halprin poursuit toujours ses recherches
en relation avec la nature et les grands moments de la vie. Elle
affirme encore : « J'aime travailler avec la sensualité,
la sexualité,
le conflit, le jeu, le quotidien : toutes ces choses qui n'étaient
guère admises dans le champ de la danse ».
Elle réalise pour l'ouverture de l'exposition au musée,
une performance
intitulée Lyon Paper Dance avec les danseurs Lakshmi
Aysola, Alain Buffard, Boez Barkan et Anne Collod.
Pendant toute la durée de l'exposition, une programmation de
films et de conférences est proposée dans la salle de
conférences
du Musée d'art contemporain, ouvrant un débat sur les
influences
de l'oeuvre de Anna Halprin sur la performance, la danse, le
cinéma, la musique et les arts plastiques.
* Jacqueline Caux a réalisé des émissions de recherche
pour France Culture
et des courts métrages expérimentaux. Elle est l'auteur
d'un livre d'entretiens
avec Luc Ferrari, l'un des pionniers de la musique concrète,
Presque rien
avec Luc Ferrari, Éditions Main d'oeuvre, 2002, et a publié un
livre sur Louise
Bourgeois, Tissée, tendue au fil des jours, la toile de Louise
Bourgeois, Éditions
du Seuil, 2003.
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