Le dessin occupe une place prépondérante parmi les
multiples moyens d'expression qu'affectionne Jean Michel Alberola.
Il en avive les potentielles digressions et le considère comme
un acte mimétique de la pensée. Ses œuvres ouvrent
un espace de mémoire qui mélange pêle-mêle
: Diane et Actéon, l'histoire de la peinture et de la pensée
occidentale, des figures emblématiques et populaires, des
sentences et des aphorismes récurrents...
C'est un précipité de travail et l'artiste procède " par
la méthode des mosaïques " et compose " une
galaxie destinée à illuminer " la mémoire
individuelle et collective du monde occidental. Il s'interdit tout " point
de vue ", toute vérité assénée,
pour désigner des espaces intermédiaires, des lieux
d'échanges, de contacts et de dialogues. Chaque " objet
est à faire soi-même ", est un " bruit " du
monde, un jalon depuis lequel se tissent des références à l'histoire
de l'art, à l'actualité la plus brûlante, à l'autobiographie
comme aux territoires de l'enfance.
Cette fragmentation proliférante est un geste essentiel aussi
adopté pour la production formelle des œuvres. La représentation
du corps s'y inverse et n'y retrouvera plus aucune entité individuelle.
Dans cette souffrance, ce morcellement et cet évidement, le
sens s'adosse, se construit sur le trait qui avance et se referme
souvent sur lui-même en se muant parfois en mots, phrases ou
enluminures, comme avec ses Gilles inspirés de Watteau ou
cette évocation de Giotto. Ces territoires à reconquérir
qui apparaissent en larges plages colorées, évidées
ou infimes interstices, en appellent au peuplement, à la reconstitution
de communautés.
Ce propos humaniste et politique procède pour l'artiste de
son incapacité affirmée de ne plus pouvoir pratiquer
une quelconque activité artistique sans avoir conscience des
traumatismes produits par l'holocauste ou l'extermination de populations
comme au Rwanda, qu'il choisit d'évoquer en se saisissant
de l'œuvre célèbre de Nicolas Poussin (1615-1675)
: Le Massacre des Innocents.
Jean-Michel Alberola
Né en 1953 à Saïda (Algérie), il vit et
travaille à Paris
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