Le musée de Pont-Aven, en collaboration
avec le Fonds régional d’art contemporain Bretagne,
invite André Raffray à présenter une exposition
hommage à Paul Gauguin. Elle réunit un ensemble d’œuvres
provenant de l’atelier de l’artiste et de la collection
du Frac Bretagne, dont une inédite. Entre illusion et imitation,
l’artiste propose une nouvelle lecture des chef-d’œuvres
des maîtres qu’il admire, tels Van Gogh, Seurat, Duchamp....
Retrouvant les sites qui les ont inspirés, il s’en imprègne,
les photographie et s’approprie le motif, réalisant
des œuvres minutieuses, au prix de très longues heures
d’exécution.
Pendant plus de trente ans, Raffray garde à l’esprit l’œuvre
de Paul Gauguin, qui séjourna à Pont-Aven. Entre 1978
et 2008, il réalise ainsi une peinture à l’huile
et deux diptyques, lui empruntant le sujet du Christ jaune et du Christ
vert.
Né en 1925, André Raffray est photographe et peintre
depuis sa jeunesse. C’est en 1977 que l’artiste, alors
responsable du Service animation de la Gaumont, fait une entrée
remarquée sur la scène artistique française.
A l’occasion de l’exposition inaugurale du Centre Pompidou « L’œuvre
de Marcel Duchamp », il réalise Marcel Duchamp en douze
images. Cette commande est le point d’origine d’un cycle
d’œuvres que l’artiste poursuit aujourd’hui à travers
ses séries : Les Portraits, Les Fenêtres, Les Peintures
recommencées, ou encore Les Diptyques de paysages, Les Déchirures…
Ce sont probablement Les
Peintures recommencées qui permettent
le mieux d’appréhender sa démarche. En 1978,
il réalise Le Christ jaune de Paul Gauguin. André Raffray
connait depuis longtemps la chapelle de Trémalo, au Nord de
l’Aven où Le Christ jaune qui inspira Gauguin apparait
au visiteur sitôt la porte ouverte, sur un mur blanchi à la
chaux. Il reprend alors ce motif, évacue le paysage et les
quelques personnages imaginés par Gauguin et privilégie
la même dimension du Christ sur la surface de la toile. Il
met ainsi ses pas dans ceux de l’artiste, retrouve sa position
exacte, son point de vue et « emprunte son regard ».
Les Diptyques proposent
une observation simultanée, reproduisant à la
fois l’œuvre originale et le motif. Le Christ jaune de
Paul Gauguin, mine de plomb datée de 1984, appartient à cette
série. C’est en feuilletant un livre sur l’école
de Pont-Aven qu’André Raffray découvre le dessin
de Paul Gauguin, appartenant à une collection particulière
de Los Angeles. Il retourne alors sur le site et exécute son
cinquième diptyque. Dans le même encadrement, il confronte
sa propre vision et sa reprise de l’étude de la tête
du Christ de Gauguin en renonçant au petit animal imaginé par
l’artiste, puisque privé de toute référence.
En 2008, André Raffray répond favorablement à une
commande du Frac Bretagne et réalise Le Christ vert de Paul
Gauguin, dont l’original est conservé au Musée
des Beaux-Arts de Bruxelles. Le calvaire du petit village de Nizon, à quelques
kilomètres de Pont-Aven, n’a pas changé depuis
que Paul Gauguin s’en est inspiré. Redécouvert
par André Raffray dès 1978, celui-ci note à l’époque
que « le granit défie le temps ». Ce nouveau diptyque,
présenté ici pour la première fois au public,
est réalisé au crayon de couleurs, technique lente
et minutieuse, idéale pour une nouvelle interprétation
du motif.
A travers son œuvre, André Raffray pose la question
simple mais ô combien essentielle : « Qu’est-ce
que l’art » ? Au musée de Pont-Aven, il offre
ainsi une fois de plus « une vision d’une ambiguïté stupéfiante » [Laurent
Salomé].
Commissariat :
Catherine Elkar, directrice du Frac Bretagne |