Le
Château d’eau présente cinq séries de
Sabine Delcour, artiste française qui promène son regard
photographique sur les paysages qu’elle traverse, du 13 mai au
28 juin 2009.
Depuis une quinzaine d’années, elle explore la notion
de territoire par le biais de la photographie et du langage. Son appréhension
du paysage qu’il soit urbain ou rural est empreint de mémoire,
la mémoire de ses habitants. Elle tente de sortir du champ strict
de l’observation et d’aller au-delà d’une
représentation paysagère traditionnelle. Au ras du sol,
elle pose son regard et entre en contact avec la terre.
À
travers plusieurs séries, elle a mis en place un dispositif
qui lui permet de faire l’expérience de l’autre,
probablement sous l’influence du cinéma documentaire qui
a alimenté son désir d’images, mais aussi parce
que les histoires l’ont toujours fascinée. Aussi, elle
collecte des récits glanés sur les lieux qu’elle
photographie. Elle élabore des entretiens et des questionnaires
qu’elle retranscrit et donne à lire ou à entendre,
comme une multitude de voix. Elle établit des passerelles entre
l’image et la parole, entre l’homme et son environnement,
en traçant des trajectoires en dehors du cadre, en tissant un
lien entre un territoire intime et un territoire paysager. Elle crée
une sorte de voyage impossible qui n’est plus uniquement géographique,
topographique ou social, mais qui se situe dans un interstice où s’établissent
des flux et des correspondances.
Au départ, elle investissait des espaces délimités
et habités comme la ville d’Hérouville-Saint-Clair
avec Les bâtisseurs, la campagne en Dordogne avec Langues de
terre et la banlieue en Ile de France avec Transport réalisée
en 1993. Cette dernière conçue comme un itinéraire à travers
le département de la Seine Saint-Denis à l’aide
d’anciens guides touristiques elle avait choisi des extraits
décrivant des lieux puis allait les photographier. Chaque
image portait en incrustation la description du site figuré.
Le texte d’hier et l’image d’aujourd’hui
s’imbriquaient pour révéler les effets du temps
sur la vie et les lieux.
Avec la série Cheminements (2006/2007), Sabine Delcour en
photographiant des sentiers de forêts, des chemins de campagnes,
manipule les codes de la photographie de paysage et présente
un cheminement dans l’image qui révèle au spectateur
la puissance d’évocation du territoire, sa capacité à susciter
un imaginaire qui renvoie autant à l’intime qu’à l’inconscient
collectif.
Dans la série Litoral / delta de la Leyre (2007), les chemins
boueux des sous-bois et les sols marécageux de ce delta sont
là encore des images anti-documentaires en rupture avec la
netteté, la précision et le formalisme.
Le choix de présenter des images réalisées à la
chambre 4x5 inches, laissant apparent les bords du négatif,
dans un format à peine agrandit, fonctionne parfaitement dans
la démonstration que c’est la vision d’auteur
qui permet au spectateur de rentrer dans le paysage et non la dimension
de l’image. L’œil du spectateur chemine dans l’image
où se noue une complexe relation entre flou et net.
En collaboration avec le Conservatoire du Littoral de Rochefort
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