Pour leur première exposition dans un centre
d’art, Armand Jalut et Maxime Rossi donnent le ton avec un
titre, certes emprunté à l’un des albums des
Pink Floyd, mais qui résonne aussi en lui-même comme
une amusante onomatopée. Au-delà des divergences de
médiums, l’exposition « Ummaguma » révèle
de très fortes connivences entre leurs œuvres. Expérimentales
et jubilatoires, toutes deux empreintes de liberté de faire
et d’être, elles ressortissent d’une approche poétique
et ironique qui nous interroge sur notre appréhension et notre
perception d’un geste artistique.
Les peintures d’Armand Jalut attirent par leur qualité d’exécution
autant qu’elles suscitent le dégoût et la répulsion.
A la virtuosité de la réalisation, à une certaine
volupté de la matière, répond la trivialité des
sujets : ici, un canapé éventré, là,
une peau de banane ou un plat de tomates farcies, plus loin, une
charmante tête blonde façon Poulbot. L’indétermination,
l’organicité des matières, l’hypertrophie
des motifs, tout comme les angles de vues adoptés, confèrent à l’ensemble
un caractère parfois indéfinissable, souvent inquiétant,
voire sexué ou réellement monstrueux. La peinture est
pour Armand Jalut un médium qui, par la figure et la composition,
autorise les développements de l’imaginaire dans sa
relation au spectateur. Dans un rapport direct et frontal, ses œuvres
laissent ce dernier dans le doute quant au sens et à la finalité d’un
tel travail, pour ensuite le placer face à ses fantasmes archaïques
et à ses propres résurgences. Quelle attitude alors
adopter face à des œuvres qui évoquent l’obscène
banalité, l’organique, le monstrueux et la culture vernaculaire
? Armand Jalut ne tranche pas. A l’instar d’un Picabia,
son entreprise, non sans dérision et au risque de se compromettre,
sape l’uniformisation des goûts et des couleurs.
A contrario du travail d’Armand Jalut, circonscriptible à la
pratique exclusive de la peinture et du dessin, celui de Maxime Rossi
est pour sa part protéiforme. Pour autant, il trouve sa cohérence
et sa logique dans la multiplication d’expériences plastiques
qui ne semblent avoir d’autres finalités qu’elles-mêmes
et qui procèdent généralement de techniques
pour le moins rudimentaires et improbables. Ses œuvres fonctionnent
par associations d’idées, par glissements formels, par
déplacements sémantiques, avec un art consommé du
calembour, un humour indéniable et une certaine poésie.
Enfin, elles se révèlent souvent sous des formes fragiles
et précaires non dénuées d’une certaine
plasticité, à l’exemple des « Unes» des
Daily Mirror, percées d’une bulle (sorte de phylactère
en creux) et recouvertes d’une couleur or ou argent, exception
faite du nom du tabloïd et d’un fragment du titre, Man
(Harry). Glissement, quant à elle, consiste en un dripping
animalier. Des escargots, élevés en liberté dans
l’atelier, ont laissé sur une planche de bois, l’empreinte
baveuse de leurs déambulations. Une fois morts, et selon le
principe du camouflage ou du trompe-l’œil, Maxime Rossi
a placé leurs coquilles vides sur les nœuds du bois.
Cette exposition est pour Armand Jalut et Maxime
Rossi l’occasion
de présenter de nouvelles pièces et d’entreprendre
un travail en duo. Elle est pour nous l’opportunité d’un
questionnement sur l’inaliénabilité du travail
de l’artiste comme garantie de liberté d’être,
de penser et d’agir.
Lionel Balouin, commissaire de l’exposition
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