L'exposition “Micro-Narratives, Tentation
des petites réalités”, présentée
du 7 mai au 21 septembre au Musée d'Art Moderne de Saint-Etienne
Métropole regroupe 87 artistes vivants, de générations
différentes et venus de 24 pays. Cette exposition, dont le
commissariat est assuré par Lorand Hegyi, directeur du Musée,
a été présentée dans une version un peu
différente au 48ème Salon d'Octobre de Belgrade en
2007 organisé par le Centre Culturel de Belgrade.
Dans la continuité des expositions “Settlements” présentée
en 2004 et “Domicile : privé/public” montée
en 2005, “Micro-Narratives” veut dresser un état
des lieux d'une nouvelle attitude artistique à l'époque
de la radicalisation des conflits globaux, des valeurs religieuses,
des idéologies, des systèmes socioculturels et de la
fin des grandes vérités.
Il s'agit de l'intérêt croissant des artistes pour
les petites réalités, pour la multiplication des environnements
socioculturels spontanés, pour les phénomènes
de micro-communication. Les philosophes Arthur C. Danto et Jean-François
Lyotard identifient la fin des grands récits et des sujets
universels, et une attention désormais portée aux “petits
récits” ou “micro-narratives”. Ces récits
n'appartiennent plus à des intellectuels mais bien à des
artistes, qui opèrent dans des situations microsociales avec
des prises de position locales. L'artiste d'aujourd'hui ne serait
donc plus l'intellectuel qui avait le droit d'agir au nom d'un sujet
universel.
Dans ce cadre, les artistes développent une approche affective
pour ce qui les entoure. Ceci se traduit par une pratique artistique
centrée sur de nouveaux processus de création plus
sensibles, antihiérarchiques, anti-monumentaux, intimes et
modestes. Nous sommes face à une micro-narration poétique
qui exprime un investissement personnel de l'artiste, et localise
la pratique artistique dans l'ensemble complexe et versatile des
relations sociales.
Pedro Cabrita Reis (Portugal) élabore ses sculptures à partir
de matériaux simples qui portent la marque des gestes de la
vie quotidienne ; les petits dessins de Laura Lancaster (Royaume-Uni)
sont issus de photo de vie de famille anciennes chinées ;
les maisons en papier finement brodées d'Anila Rubiku (Albanie)
sont le reflet de sa vie, de ses origines et de ses centres d'intérêts
; le travail de Barthélémy Toguo (Cameroun) évoque
sa vie de transit et de contradictions entre Paris et Bandjoun ;
et bien d'autres artistes connus comme John Armleder (Suisse), Jean-Michel
Alberola (France) ou Gloria Friedmann (Allemagne) et plus jeunes
comme Daniel Chust Peters (Brésil), Yee Sookyung (Corée
du Sud) ou Sandra Vasquez de la Horra (Chili) inscrivent tout ou
partie de leur travail dans cette attention aux petits riens qui
font la vie.
La douceur, la flexibilité et l'empathie sont les mots d'ordre
d'une nouvelle stratégie qui observe et évalue les
petites réalités directes, avec une sensibilité accrue
pour les nuances, les détails et l'intime, correspondant à une
pratique artistique contemporaine de la proximité et de l'évidence.
Les micro-narratives seraient le reflet de notre époque contemporaine
basée sur la spontanéité, la tolérance,
une sensibilité fragile, modeste et sincère.
Tous les artistes regroupés dans l'exposition sont confrontés
aux problèmes de la création de nouvelles constellations
anthropologiques et de situations d'une micro-communication. Un nombre
important de femmes participe à cette exposition. Peut-être
cela montre-t-il que l'art du début du XXIème siècle
exprime une affinité particulière, envers l'investissement émotionnel
et l'empathie, c'est à dire l'aptitude à un comportement
doux, intime, sophistiqué envers les petites réalités,
et qui montrent ainsi une certaine entité féminine,
anti-monumentale. L'artiste coréenne Kimsooja avec sa vidéo,
A Beggar Woman, une femme mendiante assise de dos dans la rue en
silence, oblige le visiteur à s'interroger sur le statut de
l'artiste, du spectateur, de la femme, de l'être humain sans
doute.
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