A vrai dire ce n’est pas tant de dessiner
telle ou telle chose qui m’intéresse, mais plutôt
l’acte de dessiner. Non pas dessiner un bel objet, un beau
paysage, une belle fleur, mais dessiner de l’herbe, ma maison,
un coin moche du jardin, un bout de ciel derrière l’atelier,
des foins couchés par le vent.
Je dessine avec ma main les branchages d’un arbre, en tremblant,
comme le fait un sismographe pour dessiner la force d’une secousse.
Je dessine avec un simple feutre gorgé d’encre, sans repentir
aucun, en acceptant sans culpabilité, les ratures, les surcharges,
les souillures. Je gribouille des milliers de traits noirs sur de grandes
feuilles de papier blanc pour ne voir apparaître le sujet que
lorsque je m’éloigne du tableau. Je considère chaque
dessin même si il reste inachevé, comme un dessin réussi.
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