Nous connaissions les dessins furieusement
conceptuels, sensuels et drôles d'Ann Guillaume et Leylagoor. Erotisant
la métaphysique, ils faussaient la perspective et travestissaient
les échelles, inventaient un sol au vide et traquaient les
fantômes dans des assemblages graves et rieurs empruntant aussi
bien aux estampes chinoises qu'aux primitifs flamands ou à un
genre de proto-surréalisme cru. Le duo s'amusait avec le plus
grand sérieux d'une Histoire de l'Art circulaire et toujours
remise en question tout en célébrant son propre imaginaire
intemporel.
L'intrigante exposition qui nous occupe aujourd'hui
organise ces mêmes obsessions et les augmente avec une vigueur et une rigueur
nouvelle : intitulée 2.0.2.8 et envisagée comme une équation
narrative à la fois ludique, scientifique, poétique
et romanesque, elle se constitue de cinq séries de dessins
plus une d'objets en trois dimensions. Chaque série porte
un titre (mi genèse-mi code secret) et toutes s'articulent
les unes avec les autres comme les chapitres interdépendants
d'une même fiction saugrenue où mythes personnels, intérêt
pour la physique quantique, références à Warburg
et sa fameuse bibliothèque et poèmes graphiques s'enchassent,
s'embrassent le long d'un récit vaste et troué qu'il
appartient au spectateur de dérouler. Toujours occupé par
les complémentarités contradictoires, les intervalles
comme fabriques de désir et les présences spectrales,
le travail d'Ann Guillaume et Leylagoor, plus que jamais, donne à voir
l'imperceptible et offre un espace inédit à l'invisible
avec cette joie pensante, ce goût du jeu, cette virtuosité foldingue
qu'on ne leur discutera plus.
Leylagoor est née le 24 juillet 1976 à Genève
et Ann Guillaume est née le 17 mars 1980 à Nancy. Elles
travaillent à Paris. Après des études à l'ESAD
de Starsbourg, Leylagoor était admise en résidence à la
Cité des Arts de Paris, avant de s'établir pour un
temps à la Générale. Ann Guillaume, quant à elle,
après des études en Arts Plastiques à la Sorbonne,
a participé à des expositions collectives à la
galerie Monte en l'Air, la galerie En Marge et la galerie Sylviane
Nuffer. À deux, elles ont une démarche créative
qui procède par un jeu d'association d'éléments
opposés-complémentaires formant un lexique commun,
sans cesse enrichi par de nouvelles combinaisons.
Avec le concours du Centre National des Arts Plastiques,
Ministère
de la culture et de la communication (aide à la première
exposition)
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