Above, par définition territoire en suspens,
s’ouvre sur une enseigne dont le slogan ni religieux ni mercantile
est une invitation suggestive à considérer l’espace
aérien comme un infini terrain d’occupations potentielles.
Dans les grandes métropoles, et à New York plus particulièrement,
les Air Rights sont les droits des propriétaires terriens à disposer
d’une surface aérienne quantifiable au-dessus de leur
bien. Manhattan ne pouvant plus se développer par le bas,
c’est par le haut que les promoteurs immobiliers font leur
fortune en achetant des parcelles constructibles strictement immatérielles.
Cette démarche est ici pensée par l’artiste comme
une remise en question de l’infinitude, d’un au-delà qui,
s’il n’est pas aujourd’hui strictement délimité,
est à l’origine de transactions monétaires considérables.
La surface de vide peut être investie par l’acquéreur
de quelque manière que ce soit. L’enseigne Air Rights
and Above propose donc une invitation ultime à se projeter
dans un espace qui déroge à la circonscription, et
dont le leitmotiv (Air) s’allume et s’éteint sans
répit pour attirer l’œil du spectateur, en le conviant à une
envolée plus métaphorique que corporelle, à la
possibilité d’une attraction dont il ne connaît
pas encore les règles.
Jouxtant cette sculpture destinée à s’inscrire
dans un paysage, sont présentés un ensemble de dessins
inédits qui forment la matrice synoptique d’un film d’animation
non réalisé, pour lequel Vincent Lamouroux s’est
approprié le vocabulaire expressif de l’ensemble des attractions
disponibles pendant la première moitié du XXème à Coney
Island. Cet îlot féerique du bord de mer, à la
fois lieu de distractions de la classe populaire et fertile terrain
d’exploration de la modernité, est aujourd’hui en
complète désuétude car en partie racheté par
un promoteur immobilier en passe de procéder à son élévation.
C’est à Coney Island qu’ont eu lieu, au départ à des
fins strictement ludiques, un ensemble de découvertes significatives
de l’élan de la révolution industrielle, allant
de l’utilisation de l’électricité en nocturne à l’invention
de l’ascenseur. Au-delà du patrimoine de carton pâte
aux couleurs bigarrées, c’est un pan de l’histoire
de l’Amérique et de sa propention au rêve qui va
s’évanouir avec la destruction du site. Si comme l’écrit
Rem Koolhaas dans son ouvrage New York Délire*, Coney Island
est l’esquisse originelle du développement de Manhattan,
ses monuments en lambeaux deviennent ici le vocable d’une cité fantôme,
vidée de son contenu et de ses habitués, dont seules
les désignations subsistent pour en échafauder une architecture
chaotique au ras de terre.
En dernier lieu, l’installation Attraction propose une expérience
contemplative où s’imbriquent vide et pesanteur. Limité dans
son déplacement par une rambarde circulaire inspirée
du dispositif des panoramas, le spectateur est mis en présence
d’une sculpture gonflable en suspension, dont le volume parfaitement
transparent attire le regard. La courbe métallique ovoïdale
dessine un périmètre qui contredit l’orthogonalité du
lieu et offre la possibilité d’une contemplation du
vide à 360°. Tandis que la structure se maintient dans
un souffle entre l’élévation et la chute, elle
tente d’occuper physiquement un espace laissé à nu.
L’Air lumineux de l’enseigne Air Rights and Above devient
ici la condition sine qua non au volume de la sculpture qui, dans
sa légèreté imposante, donne corps au propos
fédérateur de l’exposition Above en étendant
le champ de vision à la hauteur.
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