Entre-deux invite Carole Douillard
pour une exposition à la
Base d'appui. Elle propose un mot qui persiste, se jette dans une
amorce de performance documentaire et convoque le philosophe David
Zerbib pour une conférence.
Jeudi 22 mai à 18h30
«
Forme absente, force latente. La performance comme résistance
esthétique ».
Conférence de David Zerbib, philosophe chargé de cours
en philosophie de l'art à l'université Paris 1
Musée des beaux-arts de Nantes 10 rue Clémenceau, Nantes
(dans le cadre du programme des Nocturnes).
Jeudi 19 juin à 19h
RES(T)ITUER, performance (amorce), Carole Douillard
Base d'appui d'Entre-deux, 5 bis avenue de l'Hôtel Dieu, Nantes,
02 40 71 81 41
Cette proposition programmatique de Carole Douillard s'offre en trois
parties : conférence, exposition, performance documentaire
; DEEP conduit une revendication commune de l'artiste et d'Entre-deux
: persister à agir dans ce qui est appelé communément « l'espace
public ».
Notre attachement mutuel à ces formes fluides, immatérielles,
ponctuelles, réside dans leur capacité de réaction.
La présence du corps combinée à la possible
immédiateté d'un acte confèrent à la
performance une force inégalée par l'objet d'art en
général.
En choisissant la performance, Carole Douillard marque son engagement
personnel en tant qu'individu et artiste ; l'usage du corps comme
moyen de confrontation lui permet d'acter ses résistances
aux formes (spaciales, culturelles) imposées.
La performance comme forme d'œuvre d'art public est rarement
envisagée par les collectivités dans le cadre de commande
publique par exemple. Pourtant l'utilisation du corps dans un rapport
critique à l'espace (privé ou public, urbain ou rural,
culturel et social et politique) est non seulement pertinent mais
indispensable. Malgré l'évidence du corps comme vecteur
universel, la performance est peu conviée dans ces cadres
officiels ; elle est desservie par sa caractéristique ontologique
: l'immatérialité. Sa particularité est également
une faiblesse pour tout commanditaire, collectionneur attaché à l'objet, à la
pérennité.
Carole Douillard déroule son œuvre par juxtaposition
d'épreuves de vie, de rencontres, d'espaces.
Son corps et celui des autres concrétisent pour un temps donné les
présences possibles entre l'homme ou la femme, les lieux (salle
de concert, galerie, appartement) et ses spectateurs in situ.
A l'opposé d'une idée reçue assimilant la performance à des
actions expressionnistes, Carole Douillard calme le jeu que peut
lui imposer un lieu et son contexte, réussit à ralentir
le mouvement jusqu'à l'immobilité. Cette tenue du corps
engourdi dans une position précaire peut s'avérer,
en plus de l'acte performatif, une proposition formelle avec un espace
construit et architectural (Suspended, 2006). Lors d'une manifestation
urbaine charriant des milliers de personnes, Carole Douillard essaie
de s'endormir à même le sol d'une galerie parisienne.
La vulnérabilité d'une personne couchée, couverte
d'un seul manteau, trouble un temps l'ambiance insoucieuse et détachée
du festival
(A Sleep, 2005).
Historiquement la performance entretient des liens
particuliers avec le design graphique ; sa visibilité à la fois
spectaculaire et éphémère pousse l'artiste à penser
la forme de l'invitation à l'adresse du public (tracts, affiches).
La typographie même sera doublement pensée par des artistes
performers car elle est à la fois informative et support de
parole publique (Karawane, Hugo Ball, 1916).
Plusieurs performances antérieures de Carole Douillard se
sont traduites par un geste graphique : un mot associé à une
typographie. En 2006, elle trace un Wall-writing, en squattant la
cimaise d'une exposition en cours de démontage ; elle y peint
le mot Racaille en police Putain. Dans la vitrine de la galerie Miss
China à Paris, un SALOPE manuscrit s'adresse aux passants.
En réponse à l'invitation d'Entre-deux, Carole Douillard
convie le graphiste Benjamin Dupoué à se joindre à elle
pour réfléchir à certains aspects du projet
: invitation, mode d'inscription du mot sur un mur de la Base d'appui.
La performance documentaire que Carole Douillard
amorcera dans le lieu d'Entre-deux engagera le mot, la parole,
comme restitution de
performances antérieures. Ici, l'oralité du mot sera
pensée comme forme de document, d'objet (?) d'une performance.
Ce vide apparent laissé entre le moment de l'acte performatif
et son témoignage génère une qualité propre
basée sur le souvenir qui n'est pas sans effet sur le spectateur
mais aussi sur l'artiste. C'est cette mémoire qui sera racontée
lors de la performance documentaire. À l'éternelle
question de ce qui reste après une performance associée à sa
valeur marchande1, l'idée de la performance documentaire que
Carole Douillard propose est une alternative doublement intéressante
aux objets convenus : photographie, vidéo, dessin préparatoire… ;
elle offre une restitution associant forme artistique et document.
Exposition
ouverte mardi, jeudi, vendredi et samedi de 14h30 à 19h
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