" La dernière toile reproduite dans
le chapitre peinture représente un pendu.En tout cas je l'ai
appelé comme ça. Les documents auxquels je me suis
référé n'avaient rien à voir avec ce
titre. Mon objectif n'était pas de peindre un pendu. D'ailleurs
comment peindre un drame, comment peindre quelque chose d'insupportable
? Ce n'est pas possible je n'y crois pas. Ce motif s'est révélé par
accident ou plutôt j'ai décidé de m'arrêter à un
moment précis parce qu'il n'y avait plus rien à ajouter
sur la toile. Tout était là: le contraste, les couleurs,
le format et tout fonctionnait.Un danseur est devenu un pendu. Ce
résultat n'est pas dépendant d'une idée, de
ce fait je me demande de quoi je suis responsable! Je me suis arrêté au
bon moment, cet instant de vérité où la toile
parle, quel que soit le sujet.
La peinture devient vraie parce que les gestes (ce
qu'on appelle l'écriture), le choix des teintes et les volumes révèlent
tout sauf une idée. C'est peut- être là que ma
vraie responsabilité s'engage. Je suis responsable de ma peinture-peinture
mais en aucun cas je suis responsable de ce qu'elle raconte. Dans
ce cas, lui donner un titre ne serait pas mon rôle.
Je suis entrain d'expliquer l'artiste « malgré lui »,
l'« irresponsable », qui est loin de penser à mal,
lui qui est uniquement en communion avec ses préoccupations
plastiques ou ses valeurs esthétiques. Ce qui rend confus
l'idée reçue du plasticien qui cherche à « choquer
pour faire avancer les choses ». L'artiste émetteur
(producteur d'ceuvres) n'a de flux que par la présence et
les appréciations du récepteur (consommateurd'ceuvres).
Cette relation-équation très étroite engage
l'un comme l'autre à faire exister le produit « œuvre
d'art »." Christophe Hohler
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