Il
conçoit pour l’artiste un véritable
appartement néo-bourgeois dans ses moindres détails,
de l’entrée à la salle à manger en passant
par la chambre et le salon. Dans cet espace, par essence privé,
mais rendu ici public, des laques chinoises et autres savonneries
côtoient des oeuvres de John Armleder, Georges Condo et Helmut
Newton.
Attaché à l’idée “qu’une
pièce est terminée conceptuellement avant qu’elle
ne soit produite”, l’oeuvre de John Armleder est bel
et bien ici la réalisation de cette installation de Jacques
Garcia selon le principe de la délégation, cher à l’artiste.
Ce projet est
conçu par Nicolas Trembley, chargé de
projet au Centre culturel suisse.
Une soirée dédiée aux films Ecart ainsi que
les projections proposées par John Armleder du Traité de
bave et d'éternité (1951) d'Isidore Isou; The Ladies
Man de Jerry Lewis (1961) et Nude to the Moon de Raymond Phelan et
Doris Wishman (1961), complèteront l'évènement.
Né en 1948, John Armleder vit et travaille à Genève,
ville où il a suivi un enseignement à l'École
des Beaux-Arts en 1967.
Il fonde en 1972-73 le groupe Ecart (avec Patrick Lucchini et Claude
Rychner), à la fois galerie, librairie et maison d'édition
où il produit des films et des performances. Son travail polymorphe
passe en revue l’histoire de l’art de Fluxus au néogéo
en passant par le suprématisme ou l’art optique, tout
en s’affranchissant de règles autoritaires.
John Armleder est aujourd’hui les des artistes internationaux
dont le travail est reconnu comme l’un des plus importants.
John Armleder
a mis en scène une grande « rétrospective » de
son travail depuis 1968 au Mamco de Genève l’année
dernière qui décrivait sa pratique comme suit :
«
Le travail de John Armleder n’est pas identifiable à un
médium, une procédure, un style formel, un univers
plastique ou esthétique. Il se déploie sous de multiples
apparences, se répète ou se métamorphose, sans
jamais se développer autrement qu’au gré des
circonstances. Si le hasard lui est d’un constant secours,
c’est peut-être que toute son entreprise vise à minimiser
son effort, la part qu’il prend à la mise en œuvre.
La figure d’artiste qu’incarne Armleder serait celle
d’un hyper-actif désœuvré, d’un producteur
distrait, d’un minutieux désinvolte, d’un ingénieur
des approximations, d’un génie de l’indécis.
Qu’elles soient spectaculaires ou à peine esquissées,
monumentales ou minuscules, chatoyantes ou fades, laborieuses ou
déjà faites, de sa main ou d’un autre, l’enjeu
de ses œuvres semble toujours être de tenir à distance
toute expressivité personnelle, toute empreinte héroïque.
Séduisant ou déceptif, son art ne trouve sa réussite
que dans la mise en crise de la notion de réussite, dans la
construction aléatoire d’un système d’équivalence
entre tous les items.
Si le destin des œuvres d’art est de venir se fondre dans
les décors domestiques, urbains ou muséaux, celui des
décors ne serait-il pas de se confondre aux œuvres ?
C’est ainsi que les peintures font tapisserie, que les meubles
se combinent aux tableaux pour se faire structures et supports picturaux,
que les drapés muraux deviennent des toiles flottantes à l’échelle
des salles, que les tableaux se drapent à leur instar, que
les tables se retrouvent sculptures, que les sculptures se découvrent
ready-made, que le kitsch se révèle sophistication,
que l’accident est pris pour l’intention, que l’à-peu-près
apparaît virtuose, le négligé calcul, l’impeccable
leurre. Rien ici n’est à prendre pour autre chose qu’un
change donné dans le champ indéfini des propositions
au titre de l’art. Cela relève, chez Armleder, de la
mécanique de précision ou, si l’on préfère,
d’une nouvelle acception de la notion duchampienne de beauté d’indifférence. À ceci
près qu’il y entre un fort coefficient de jeu où l’humour
dédramatise les ruses de l’ironie, où le plaisir
de l’improviste s’émancipe de la tyrannie du « dur
désir de durer ».
Extrait du texte
de Christian Bernard accompagnant l’exposition
Amor vacui, horror vacui de John Armleder (Mamco, 18 octobre 2006
- 21 janvier 2007)
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