Lucien Clergue - Leo Mirkine - Agnes Varda - Denis
Rouvre - Patrick Swirc - Jerome de Perlinghi - Studio Harcourt -
Peter Lindbergh - Sebastian Copeland - Gilles Porte - Francois-Marie
Banier - Claude Courtecuisse - Sem Presser - Stephan Zaubitzer -
Michel Johner - Stephen Gill - Denis Lenoir - Franoise Huguier -
Stefano De Luigi - Elzbieta Jablonska - Cedric Delsaux - Lena Lapschina
- Thomas Dellacroix - Agnieszka Dellfina - Vincent Godeau - Bogna
Burska - Peter Knapp - Jean-Claude Palisse - Leif Erik Nygards -
Federico Patellani - Federico Garolla - Jean Pasquero - Agnes Debout
- Pierre Etaix - Paolo Ventura - Gerald Garbez - Cedric Delsaux -
Cie Sans Paradis Fixe - Pierre Novion - Yan Tomaszewski - Carole
Bellaiche - Frederic Poletti - Michel Ginies - Collection Traverso
- Roger Arpajou - Christian Lebrat - Xavier Lambours - Walter Carone
- Harold Edgerton - Rene-Jacques - et bien d'autres...
Après l’interruption de 2006, les Transphotographiques
reviennent pour leur sixième édition du 10 mai au 17
juin, avec un programme très riche. Plus de soixante-dix expositions
et évènements, pour une bonne part inédits,
prendront place comme chaque année dans les plus beaux lieux
de la ville de Lille, mais aussi de Roubaix, Lambersart et Courtrai
en Belgique. De plus, l’événement confirme sa
présence sur le territoire de Valenciennes Métropole, « capitale
régionale de la culture » pour l’année
2007. Les Transphotographiques conquièrent une dimension européenne
et internationale : en se liant avec d’autres structures et
festivals, en multipliant les lectures de portfolio, les soirées
de projections et les invitations faites à de nombreux artistes étrangers
originaires de Finlande, d’Italie, de Suède, de Hollande,
de Pologne, des Etats-Unis, etc… Aux côtés de
la manifestation officielle, le OFF est toujours bien présent,
avec un programme plus léger, tant la thématique officielle
est dense cette année, mais qui permettra à tous de
découvrir les jeunes talents de notre région.
Le festival n’a pas fini de s’étendre, et pas
seulement d’un point de vue géographique. Nous avons
voulu nous donner cette année un thème qui reflète
cette ambition et ouvre les frontières des Trans : Photographie
et Cinéma. Deux arts visuels majeurs, à la filiation
aussi évidente que multiple. Si le cinéma est le plus
connu des enfants de la photographie, celle-ci s’est nourrie à son
tour de ses récits et de sa mise en scène. La variété des échanges
entre l’un et l’autre sera au cœur de cette édition
des Transphotographiques, au moment où, de son côté,
le Festival de Cannes s’apprête à fêter
son soixantième anniversaire.
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Depuis plus d’un siècle, photographie et cinéma
font à tous points de vue bon ménage. La filiation
technique est évidente. La filiation esthétique ne
l’est pas moins si l’on veut bien se rappeller que les
premiers grands cinéastes, Lumière et Méliès,
ont tous deux creusé un aspect particulier de la photographie
: l’exigence documentaire des vues fixes, la possibilité de
modifier la réalité par le trucage optique ou chimique.
Plus tôt, Eadweard Muybridge ou Étienne-Jules Marey
jetaient les bases du mouvement cinématographique en capturant
les images fixes d’une démarche ou d’une course
continue, en une procédure scientique que le second nomma
justement « chronophotographie ». Nul doute que le cinéma
est né, techniquement et esthétiquement, de la photo.
Plus tard, la photographie s’est mise au service du film :
elle demeure encore aujourd’hui son principal support de promotion.
Des photographes de plateau continuent à être invités
sur les tournages pour rendre compte de l’effervescence d’un
tournage, des coulisses d’un film ; il s’agit alors moins
d’en dissiper les mystères que de les renforcer. Les
portraits des acteurs circulent dans la presse toujours plus nombreux,
et l’on ne cesse de traquer, dans certain détail d’un
portrait de cinéaste, l’étincelle de son génie,
comme au dix-neuvième siècle pour les écrivains. À l’heure
où se pose la question du passage au tout vidéo, chacun
s’accorde à penser que seule la photographie peut préserver
l’aura et le mystère d’un visage de cinéma.
Aussi peut-on dire que le cinéma rêve de photographie,
autant que la photographie rêve de cinéma.
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Cette édition des Transphotographiques s’attache à rendre
toute son ampleur à cette question des rapports entre photo
et ciné, soit en donnant un aperçu de moments incontournables
de l’histoire du cinéma, soit en offrant à la
jeune création contemporaine la liberté de l’interpréter à sa
manière. Il y a mille façons d’envisager ces
relations entre photo et cinéma, nous avons choisi de développer
six approches particulières, les plus fécondes à nos
yeux.
En premier lieu, il s’agit de voir quel regard la photographie
a pu jeter sur les films et leur fabrication, par le biais d’une
monographie de René-Jacques, des images de Françoise
Huguier sur le tournage de Trouble Every Day de Claire Denis, ou
encore de l’approche de Gabriel Bauret sur le cinéma
italien d’après-guerre, avec les photographies de Garolla
et Patellani.
Parallèlement, une autre piste consiste à suivre la
manière dont la photo a construit et accompagné la
carrière des acteurs. La rétrospective Léo Mirkin,
qui réunit ces deux approches, sera l’un des évènements
majeurs du festivals. Photographe de plateau dès les années
30, Mirkin devint en effet rapidement l’une des figures incontournables
de la Croisette et captura l’image de Brigitte Bardot, Gérard
Philippe, Alain Delon ou encore Sophia Loren à l’heure
où ces vedettes n’avaient pas encore acquis la gloire
qu’on leur reconnaît aujourd’hui. De plus, les
Transphotographiques montreront une sélection de « Portraits
de stars » conçue par la Maison Européenne de
la Photographie, une exposition des photos du Studio Harcourt, et
rendra hommage au sexagénaire Festival de Cannes à travers
les travaux de Sem Presser, la Collection Traverso et les clichés
récents de Michel Johner.
Bien sûr, la photographie ne s’est pas limitée à l’accompagnement
de la fabrication ou de la sortie d’un film ; plus profondément,
elle a aussi pu chercher à expérimenter l’esthétique
cinématographique. Notre troisième approche donne la
parole aux photographes qui mettent en scène leurs images,
leurs personnages, leurs décors « comme au cinéma » :
c’est le choix qu’a fait Cédric Delsaux en réponse à la
commande que nous lui avions passée, puisqu’il a imaginé notre
région sous l’emprise de l’Empire de Star Wars.
Notre quatrième piste, à ceux qui conçoivent,
au-delà d’une image célibataire, un principe
de continuité entre plusieurs clichés sur le modèle
de la séquence, dont le roman-photo privilégierait
la dimension narrative, et le flip-book la dimension mécanique.
C’est sur ce point que se concentre la splendide exposition
collective pilotée par Françoise Paviot, ainsi que
les photogrammes de Peter Knapp, ou encore la présentation
des collections du FRAC Nord Pas-de-Calais qui contient des noms
aussi prestigieux que Lee Friedlander ou Jeff Wall. Nos quatre premières
catégories montrent toutes comment, d’une manière
ou d’une autre, la photographie a pu se caler dans la roue
du cinéma ; reprendre à son compte ses corps, ses lieux,
sa structure ; s’associer à lui pour véhiculer
les même messages ; ou bien l’examiner avec toute la
puissance critique qu’on connaît à la photographie.
Mais le cinéma ne lui offre pas que cela : en tant qu’art
documentaire, la photo a aussi observé les traces que le cinéma
a laissé sur les territoires ou dans les yeux des spectateurs.
Il nous a ainsi paru important de montrer comment la photographie
a enregistré l’irruption concrète du cinéma
dans la société et dans les villes – sujet du
passionnant travail de Stephan Zaubiter autour de Cuba – et
parallèlement, comment elle a pu observer la façon
dont un film « impressionne » le public – comme
dans les images de Stephen Gill.
Enfin, ce tour d’horizon n’aurait pas été complet
sans un aperçu de ce que les cinéastes font, à leur
tour, de la photographie, par exemple avec Agnès Varda, ou
avec la série « Rendons à César » pour
laquelle Gilles Porte a mis la statuette gagnée par son film
Quand la mer monte dans les mains des habitants du Nord Pas de Calais
et de Belgique.
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Si cette édition des Transphotographiques est tout particulièrement
chère à mes yeux, c’est aussi que le parrain
en est Lucien Clergue, le créateur des Rencontres d’Arles,
cet événement majeur de la vie de la photographie en
France. Sur une idée de Gabriel Bauret, nous avons voulu lui
rendre hommage en exposant ici ses photos du Testament d’Orphée
de Jean Cocteau. Je suis également heureux que les grands
photographes ayant déjà été exposé à Lille – Peter
Lindbergh, François-Marie Banier, etc. – nous réitèrent
leur intérêt et leur confiance.
La création régionale n’est pas en reste, avec
les « Faux-Tomatons » de Claude Courtecuisse, ou le travail
de Vincent Godeau. Outre les inédits qui feront à coup
sûr l’événement cette année, telle
la collection Mirkine proposée par Laurent Chollet et Stéphane
Mirkine, et l’exposition d’Agnès Varda dans le
cadre de la Carte Blanche aux Cahiers du Cinéma, je voudrais également
attirer l’attention sur quelques petits bijoux dans la programmation.
Par exemple, les « Automatons » de Denis Rouvre, qui
a proposé entre 2004 et aujourd’hui à des stars
de cinéma l’expérience inédite de se photographier
eux-mêmes. Les « Silversreens » de Dellacroix et
Dellfina, qui reconstituent différents évènements
ou figures historiques pour créer un monde utopique. Ou encore
la rétrospective à Courtrai de Walter Carone, témoin
d’une époque glorieuse du cinéma et de ses stars.
Liste non exhaustive, bien entendu. Il appartient
désormais à chacun
d’entrer comme bon lui semble, selon sa propre sensibilité,
dans la richesse du programme de cette édition 2007. Ce vœu
resterait pieux s’il ne s’accompagnait pas d’un
important travail d’action pédagogique et de sensibilisation
des publics. L’enjeu du festival demeure, ne l’oublions
pas, d’amener et de promouvoir l’art de la photographie
en région Nord Pas de Calais. De permettre à tous de
se confronter à des œuvres de haut niveau, à des
artistes de dimension internationale ainsi qu’à des
photographes en devenir. De favoriser, aussi bien, la progression
des pratiques amateurs, et de faire que les disparités sociales
et géographiques ne soient pas un frein à la culture
et à la création.
Pour toutes ces raisons, les Transphotographiques
ont mis en chantier une politique des publics dynamiques, en développant des projets
pédagogiques adaptés à chaque public, des partenariats
avec les associations culturelles, les collectivités territoriales
et les ministères (de l’Éducation nationale notamment),
en formant des personnels chargés des actions culturelles
et éducatives. Egalement, la gratuité du festival,
en vigueur depuis ses débuts en 2001, doit-elle être
aujourd’hui à nouveau réaffirmée, afin
que chacun, quelle que soit sa situation professionnelle et sociale,
puisse avoir accès aux expositions.
D’autre part, il nous a paru essentiel que les œuvres
investissent à partir de cette année non seulement
les lieux culturels de la région, mais aussi l’espace
public. Exposé à l’extérieur, dans la
ville, l’art viendra directement à la rencontre de la
population, afin de susciter la curiosité des promeneurs.
Cette ambition d’une démocratisation de l’art
ne peut évidemment pas aller sans le soutien de la presse
régionale et nationale, sans des partenariats solides qui
relaient la programmation en France, en Europe et même, pourquoi
pas, plus loin encore…
Olivier SPILLEBOUT
Directeur du festival |