né en 1967 à Valenciennes
(Nord)
Si le principe de l'installation procède de l'idée selon
laquelle le spectateur doit habiter l'oeuvre au même titre que
le monde, dès lors on comprend mieux le choix artistique retenu
par Gautier Leroy pour aborder ici la question de l'influence du lieu
sur la création. Ses installations s'articulent autour du thème
du voyage et des multiples métaphores que l'univers suscite
chez l'artiste. Chaîne d'associations, de réflexions sur
ses déplacements et ses rapports étroits à l'espace
qui l'environne ; Gauthier Leroy nous convie sur les sentiers qui mènent à ses
cellules créatrices : de sa région natale marquée
par les paysages voilés des Flandres au séjour méditerranéen
baigné d'une lumière irradiante.
Pont jeté entre culture et nature, entre le temps et l'espace
; la production de l'artiste semble se loger dans chacun de ces intervalles
comme pour mieux allier l'espèce humaine au milieu qui lui
est donné. De cette nécessité à vivre
toujours plus vite, l'homme d'aujourd'hui parvient à occulter
toute mesure du monde, de distance et de temps jusqu'à son
bien être individuel. Aussi l'artiste semble-t-il ici vouloir
réconcilier l'homme moderne avec le cadre de sa vie privée,
avec les objets qui l'entourent, avec ses outils et plus généralement
avec son espace vital. Une volonté fortement affirmée
par la pluralité des matériaux utilisés, par
cette saveur du geste lent, la combinaison des médiums et
les connaissances rassemblées autour de ces derniers ; des
aspirations qui orientent le travail vers celui du bricoleur. Ainsi
l'artiste procède-t-il à un véritable tour d'horizon
du langage plastique ; utilisant tour à tour l'ensemble des
supports de communication tant modernes que traditionnels : vidéo,
photographie, infographie, collages, matériaux organiques
et industriels (caoutchouc, émetteurs sonores) ou encore linguistiques
; des éléments familiers constitutifs de son vocabulaire.
Les travaux de l'artiste sont tous tournés vers une synesthésie
des arts qui participe d'un langage universel. Dès lors, les œuvres
nous donnent à voir derrière les mots, à écouter
par delà les sons et à comprendre au travers le regard
de l'artiste l'univers qui nous entoure. En passeur il nous conduit
vers l'autre rive, celle où le langage est ineffable où l'impression
est reine, saisissant derrière les portes de la perception
son monde onirique.
Si la part accordée au support image demeure importante,
la place occupée par le support textuel n'en reste pas moins
privilégiée. En effet, l'artiste exploite volontiers
la dimension linguistique, laquelle ne renvoie pas à une pratique
du langage en tant qu'art mais plus en tant que médium. L'emploi
des mots est ici prétexte à un traité poético-ludique
caractérisé par l'inversion du code de lecture. L'animation
des lettres ou encore leur mise en scène. Ces objets-sculptures
sont le lieu d'expérience où l'artiste se fait alchimiste
de la matière. L'usage d'une structure linguistique sert l'évocation
verbale du champ thématique, les mots interviennent comme éléments
d'articulation entre les œuvres et s'inscrivent dans un
processus d'interrelation qui unissent les parties (objets) à un
tout (le thème). Les mots sont ici perçus comme des
clefs de lecture pour aider le spectateur à saisir la production
dans son ensemble, à porter une réflexion au-delà du
micro-environnement qui lui est donné à voir dans l'espace
imparti à l'exposition. Le travail effectué sur le
langage-texte porte sur le signifiant plus que le signifié et
tend " à combler l'écart qui sépare le
spectateur de l'oeuvre".
L'art de Gauthier Leroy apparaît tel une science entendue
comme le moyen de comprendre le monde dans son harmonie universelle
et de restituer l'homme dans son milieu social et naturel. A partir
d'écrits scientifiques, l'artiste élabore une définition
originale d'un art "historico-poétique" dont les
fondements reposent sur l'exploration sémantique du langage,
la synergie des supports et la mise en scène d'un espace sensoriel.
Aussi cette démarche intellectuelle présente-t-elle
certaines allégeances avec la philosophie de Merleau-Ponty
sur la phénoménologie de la perception : "Je ne
suis pas dans l'espace et dans le temps, je ne suis pas l'espace
et le temps, je suis à l'espace et au temps, mon corps s'applique à eux
et les embrasse." Telle une fenêtre ouverte sur l'extérieur,
les installations nous incitent à accorder une attention toute
particulière aux êtres, aux choses, aux décors
qui nous entourent ; à observer par delà le miroir
de la réalité, la plastique poétique d'un locus
amoenus. Laetitia Cartigny
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