A un
moment où la peinture revient en
force, le plus souvent en ré-investissant le champ de la narration,
de la compilation, sans oublier les surabondances de matière, Dominique
Dehais et Saadi Souami –2 anciens élèves
d’Olivier Debré- nous proposent une peinture où l’essentiel
réside dans l’occupation réfléchie de l’espace
de la toile
ou du support (résine époxy, bois, aluminium pour Dominique Dehais).
La taille du support définit les limites de l’aplat coloré chez
Dominique Dehais, tandis que grâce à quelques formes
simples, ludiques, Saadi Souami découpe l’espace de la toile, comme
pour mieux révéler la valeur de la peinture.
Saadi Souami dit à propos de sa peinture :'L'aspect général
de mon travail est géométrique, mais cette géométrie
se veut en situation précaire; cela veut dire que mon intérêt
principal va surtout à son aspect fragile et défaillant,à
son risque d'effondrement et aussi à ce qui la retient et lui résiste.
Selon ce mode d'expression, la peinture finit
souvent par ne tenir 'que d'un fil' …' Aujourd'hui, les dernières
toiles de Saadi confirment son souci de s'attacheràl'élémentaire de la peinture : Un rectangle de couleur vert olive,
gris pâle, beige ocré, peint en couche fine sur une toile
dont on devine la trame, rehaussé d'une bordure en camaïeu, ou à peine
contrastée. Après les boites vitrées,
presque plates, où la couleur monochrome du fond était le sujet
même de l'œuvre, Saadi Souami renoue avec
les aplats colorés discrètement contrastés, jouant des infimes
accidents du support et du tracé des formes.
‘…L’origine du travail de Dominique Dehais est à chercher
dans sa formation de peintre, où il a recueilli l’héritage
des grands noms de l’abstraction, ceux des générations
pionnières ou de leurs successeurs déjà confrontés à la
menace du formalisme. Son travail est un questionnement sur la poursuite
d’une démarche picturale radicale, sans
représentation ni littéralité, perméable
aux préoccupations de la société d’aujourd’hui
et inscrite dans le circuit
des médias et de l’information. Il pose la question
de l’engagement politique dans l’art. Il s’intéresse à la
figure de
l’artiste en travailleur et confronte, via les moyens picturaux,
le travail de l’artiste avec celui du non-artiste. Ayant
longtemps exercé une activité professionnelle extra-artistique,
il nourrit largement sa démarche d’une connaissance
profonde des aspects humains, sociaux et syndicaux du milieu du
travail.
Il en résulte des installations à caractère
sculptural, fortement architecturées et colorées, dans
lesquelles le visiteur peut pénétrer et qu’il
peut s’approprier.
Divers éléments ou documents y sont présentés,
l’invitant à éprouver son propre positionnement
privé et à engager
une réflexion sur les liens quotidiens entre art et politique à partir
de sa situation personnelle. Qu’est-ce qu’une œuvre
d’art sinon un produit, une marchandise fabriquée
de main et d’humeur d’homme ?..’
extrait du texte d’Olivier Grasser pour l’exposition
Placards, Maison de la Culture d’Amiens, Mai 2006 |