Commissaire de l'exposition : Enrico Pedrini
L'exposition comprend des travaux et projets de l'artiste,
réalisés
de 1987 à nos jours.
A la fin des années 80, précisement en 1987, une créativité tout à fait
nouvelle se développe dans le milieu artistique italien. Abandonnant à la
fois la politisation et le suivi de systèmes idéologiques
absolutistes, elle avance à travers des méthodologies
individuelles qui se vérifient de temps à autre, selon
des modes opératifs variables et instables.
L'art peut donc s'étendre vers plusieurs langages qui mettent
en crise le métier même de l'artiste pour atteindre
son coté opposé, plus ironique, plus lyrique. Les deux
milieux recherchent, à l'interieur d'une atmosphère
extrème, les relations et les rapports entre la réalité et
la fiction, entre le corps et l'âme individuelle et sociale.
Pour cet artiste, comme pour Luca Vitone et Cesare Viel, qui en 1987
s'unirent dans un mouvement nommé Arte(Dissipazione) qui deviendra
Possibilisme, c'est justement la présence du tissu narratif
qui manquent : Leur travail naît juste comme "recherche
au délà de l'objet et de l'art même".
Sossella affirme : "les Conceptuels avaient une vérité,
pas nous !". "L'art est un acte insensé et distributif,
une correction constante du sens proposé et exhibé.
C'est surtout une tentation suspecte".
Voilà pourquoi les premiers travaux d'Ivano Sossella visualisent
l'exigence d'affirmer notre sensibilité à élargir
notre point de vue depuis l'espace où nous nous trouvons,
vers des lieux que les "sens techniquement etendus" nous
permettent d'atteindre. L'artiste recherche et propose un nouveau
statut dans l'interaction des fonctions des objets: Le son d'une
radio, modifié par un séchoir électrique fonctionnant
juste à côté est ainsi mis en relation avec le
bruit du séchoir et il en partage cet instant. Une chaîne
sémantique qui pourrait et peut en effet continuer. C'est
ainsi que l'oeuvre, ayant perdu les lieux de l'art, se fait occasion
pour se dégager des lieux communs qui la maîtrisent
et trouve force et persuasion juste dans une explosion absolue de
toute explication de sens. Nous envisageons là une perte de "certitudes
données" qui devient fonctionnelle et intérieure
au travail de l'auteur même. On a parlé, à propos
de cet artiste, de "Dissipation de l'objet exposé":
l'oeuvre se présentant comme agglomérat d'actions et
de significations se revèle en effet dans son instant maximum
de dispersion. Les "travaux en distribution", à partir
de 1987, développent ultérieurement l'occasion dissipative
de l'oeuvre: Il s'agit de récipents remplis d'une grand quantité de
prospectus et de dépliants. Les dimensions physiques et significatives
de la galerie sont donc dépassées à travers
cet expédient, qui peut donner à l'oeuvre une "pratique
active". La catégorie de la dissipation révèle
une intention de travail pour l'artiste, qui va au délà de
la force et de la forme de l'objet même. De cette manière
l'oeuvre se fait occasion pour continuer une expérience, tout
en dispersant la certitude du contenu en faveur de l'utilisation
d'une rélation explosée et pluralisée.
Dans le projet précédent (2005) pour la Galerie Depardieu
de Nice, Ivano Sossella avait pris possession de l'espace tout-entier
avec des dessins sur les murs à thème fixe. Aujourd'hui,
si la présence obsessionnelle sur tous les murs de la galerie
d'images de billets de banque affirme la finalité de l'art à devenir
de plus en plus un objet d'investissement financier et une source
de gain rapide, elle éclaire aussi la pulsion inconsciente
vers la possession, presque un désir érotisant et satisfaisant
tout individu. Le monde soutérain de l'imagination et les
pulsions de l'inconscient humain deviennent, en cette exposition,
une représentation explicite et programmée. Le cumul
des biens représentés par les billets de banque n'est
plus une simple représentation d'objets, mais plutôt
l'instrument qui va faciliter la représentation d'expériences
vraies. Les biens monétaires dessinés prennent la dimension
d'un matériel de scène qui a perdu son importance physique
pour devenir au contraire typiquement symbolique. L'auteur dessinant
l'une après l'autre toujours la même image arrive a
cumuler une richesse d'intentions et d'actions toujours presumée,
mais qu'on pourra atteindre seulement (toujours) ironiquement.
Dans son projet expositif le plus récent (USW) Sossella nous
présente des murs, les intérieurs d'une maison, des
lieux d'exposition, qui se dénotent visuellement par l'absence
d'oeuvres d'art. Ce sont leurs ombres qui vont y rester, la marque
de leur absence des murs, comme il arrive quand on détache
un tableau d'un mur après des années qu'il étaint
accroché. L'absence du point artistique finit donc par évoquer
une dimension de l'art qui trouve sa présence et réalité juste
dans la dissipation extrème de son etre réconnaissable.
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