Time Out of Joint
(Le Temps désarticulé)
Dove Allouche
Ulla von Brandenburg
Loïc Raguénès
du 16 mai au 20 juillet 2007
L’exposition Time Out of Joint rassemble les œuvres de Dove Allouche,
Ulla von Brandenburg et Loïc Raguénès. Ce titre vient d’un
livre de Philip K. Dick, lui-même inspiré par une phrase de Hamlet,
au terme d’un échange avec un spectre (scène 1, acte 5).
Cette formule énigmatique, difficilement traduisible en français
mais que l’on pourrait toutefois comprendre par « le temps désarticulé »,
sous-entend que "le temps est hors de ses gonds", "déraille" ou "disjoncte"
Les travaux de ces trois artistes
ont pour point commun de questionner le temps, considéré non pas tant
comme sujet, mais comme un matériau dense et malléable,
et de le soumettre à un filtre, une nouvelle combinaison,
où le passé « travaille » le présent
dans lequel se cristallise déjà une idée du
futur. Et, comme semble l’indiquer la pensée de Hamlet
: si le temps semble épars, il revient à chacun de
le remettre d'équerre, de le réarticuler.
Dove Allouche, Ulla von Brandenburg et Loïc Raguénès
travaillent à partir d'une grille empruntée au réel
; leurs travaux sont d'ordre visuel, partant souvent d'un modèle "photographique",
sans qu'ils se cantonnent à ce champ d'origine. Par un travail
d'absorption et de déplacement, ce réel convoqué initialement
opère une distanciation, de l’ordre d’une nouvelle
configuration, qui entremêle plusieurs lignes de temporalités
et qui prend la forme de photographie, dessin, installation, ready-made,
film, peinture et wall-drawing.
A l'instar du livre de Philip K. Dick dans lequel
trois protagonistes entretiennent un rapport au temps totalement
différent, Dove
Allouche, Ulla von Brandenburg et Loïc Raguénès
- sans qu'ils puissent nullement être rapprochés de
ces personnages de roman -, font état de trois formes d’expérience
exercée sur le temps : lointain, récent ou imminent.
Si la matière première empruntée au réel
leur est commune, leurs axes de travail diffèrent : la synthèse
par la symbolisation pour Ulla von Brandenburg, les effets combinés
de condensation et de dispersion chez Loic Raguénès,
et la restitution - de l'ordre du constat - où se joue paradoxalement
la distance et par-delà, l'idée du deuil, pour Dove
Allouche.
Cette exposition rappelle en toile de fond que la
question du temps est au cœur de l’activité d’un Frac, dans
la mesure où la gestion d’une collection implique l’idée
de sa conservation et de sa réactualisation en permanence.
Les œuvres ne sont jamais closes sur elles-mêmes et se
réactivent dès lors qu’on les place dans une
relation nouvelle avec d’autres œuvres, d’autres
contextes. Ainsi, une collection offre l’occasion de redéfinir
constamment les axes théoriques et formels de ces œuvres
et, au travers d’une exposition, d’activer les potentialités
de leur lisibilité à l’usage.
Claire Jacquet
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