dessins du Frac Picardie
« Mon dessin est une écriture quotidienne. Cela m’évite
de n’écrire qu’avec des mots » : Anne-Marie
Schneider retranscrit ainsi son époque. Elle le fait sans
concession aucune à partir des événements exceptionnels,
graves ou anodins qui surviennent au plus près comme au plus
lointain de chacun de nous. Elle dit aussi de ses dessins : « Mes
dessins sont des lettres flottantes sur la plage, page blanche, pattes
blanches, mais parfois incisives, le crayon comme un scalpel. Des
boules de papier dans la tête à en perdre la boule.
Cette boîte de conserve s’ouvre brutalement par trop
de contenu, et se déplie. J’ai alors le sentiment souvent
de réparer avec mes doigts une toile d’araignée
déchirée. »
Le quotidien est un puits où se jouent les variations de
l’existence qu’Anne-Marie Schneider relance sous forme
de dessins incisifs, de photos et de vidéos. Elle extirpe
les éléments qui marquent l’existence ou simplement
ceux qui l’interpellent au passage (un mot, un geste, un point
obscur, un souci, un problème de société). Capteur
sensible des réalités contemporaines, l’ex-musicienne
tente d’orchestrer l’afflux de notes dissonantes qui
entachent le quotidien. Par un jeu de formes, de couleurs et d’associations
d’idées, elle tente l’accord entre soi et ce qui
parvient à soi : un accord qui la réconcilierait avec
ce qui la saisit.
Anne-Marie Schneider dresse une constellation de dessins qui retracent
un parcours de vie… depuis les petits drames de l’existence
aux faits d’actualité. Relevés sismographiques
des atteintes du quotidien, ses dessins circonstanciés construisent
une véritable biographie du quotidien. Ils relatent l’expérience
frontale d’une actualité qui imprègne l’individualité.
Face au flot d’indifférence et d’insensibilité,
ses dessins incisifs rejouent intensément le réel au
travers des thèmes de la mort, de la maladie, de la sexualité,
de la violence conjugale, de la maternité, de l’indifférence
de l’Homme rivé à la machine.
Anne-Marie Schneider ne consomme pas les tensions que le quotidien
génère, elle construit sous l’apparente simplicité formelle
des réponses complexes.
Cette exposition, après celle consacrée à Matt
Mullican et Gabriel Orozco, présente un des ensembles monographiques
parmi les plus importants que le Frac Picardie ait constitué pour
une jeune artiste, à laquelle il est particulièrement
attentif depuis 1996.
Anne-Marie Schneider
née en 1962 à Chauny (Aisne)
vit et travaille à Paris
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