Vernissage
le 11 juin à partir de 19h
La
Mafia des "Corleonesi"
texte de Dominique Gaessler
Il y a chez Franco Zecchin cette manière qui nous réconcilie
avec la photographie, cet art du visible qui nécessite d’expérimenter
la réalité, de s’y frotter et qui implique une
confrontation, un engagement. «Informer est pour moi une exigence».
C’est l’engagement social de Franco Zecchin. Dès
lors, la mafia - long reportage par lequel il s’est fait connaître
du monde entier -, devient exemplaire de sa profession de foi. Et
son travail, il le conduit avec rigueur dans chacun de ses sujets
et c’est en journaliste concerné qu’il les photographie.
La mafia donc. C’est au milieu des années soixante-dix
que, Franco Zecchin - avec Letizia Battaglia - initie l’une
des grandes fresques de la photographie concernée. À Palerme,
il fût une époque où l’on n’osait à peine
prononcer le mot mafia en public, où l’on ne s’aventurait
pas à montrer les images d’alors : des témoignages
de faits-divers spectaculaires mêlés à des scènes
du quotidien en disaient long sur une population placée sous
la «coupe de la pieuvre». De plus, peu de journaux siciliens
osaient publier ces photos, aucun espace public ne pouvait les accueillir
et les «expositions à la sauvette» dans la rue
- espace ultime pour ce photographe militant afin de sensibiliser
les populations -, provoquaient de fait un malaise: on avait peur
de s’arrêter pour regarder.
Franco Zecchin a tenu
la chronique de ces années-là.
Couvrant le moindre signe, témoignant du moindre «accident».
Puis c’est au grand jour que les affaires des clans se réglèrent
bientôt. Franco Zecchin, inlassablement, ramena de cette période
ses images les plus impitoyables qui firent le tour du monde. Mais
le comble de l’horreur était à venir et il connaîtrait
une forme de paroxysme avec les assassinats des juges Borsellino
et Falcone. ces événements considérables en
Sicile versèrent dans les rues des mouvements spontanés
de protestations populaires.
Dès lors, le travail du photographe accompagnerait cet élan,
couvrant la moindre manifestation et les médiatiques procès.
Au quotidien, la mafia, tout profil bas, poursuit ses petits et grands
commerces. Moins éclatante, elle n’en est plus aux affrontements
directs. La pieuvre s’est à nouveau tapie, procédant à son
antique fonctionnement : infiltration, noyautage, etc.
Le travail du photographe se fait plus subtil. «Je veux montrer
qu’il y a quelque chose qui change».
Dominique Gaessler
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