Désastre
: du latin privation de l’astre favorable.
Nous vous convions au mariage contre nature entre
la chair et le fer, à la récolte mêlant le bon grain et l’ivraie.
Nous convierons les vieilles peurs, les bêtes noires comme
on disait au XIXe siècle et nous verrons ce que le passé et
le présent nous apportent dans «les laisses de vie».
Nous parlerons de destruction et de saccage, tout y sera poisseux
et lourd. Il n’y aura pas de jolies choses...
Notre souci sera celui de continuer à creuser notre sillon,
de dire la confusion, de noter quelques points de lumière
dans l’obscurité : l’homme et la vie. «Ce
n’est pas une mince affaire», surtout si on ajoute l’art.
Nous utiliserons comme matériau commun les munitions tirées
durant la seconde guerre mondiale et précisément enterrées
ici dans ces terres de souffrance et de destruction. Le service du
déminage nous fournit la palette de couleur : du fer essentiellement,
ou, pour faire un vilain mot, cette couleur oxyde de fer si commune
en Normandie.
Nous utilisons les images et les mots, mais dans
notre patient travail, ces éléments se sont gangrenés, ont eu une vie
propre : excroissances cancéreuses, proliférations,
unions contre nature. Les obus cristallisent ce mariage improbable
entre l’art et la guerre, entre l’art et la vie, entre
l’homme et l’homme.
Nous construirons des rayonnages métalliques pour y remiser
ces monstruosités du génie humain que sont les bombes.
Nous construirons des champs de ruine pour rappeler l’hier,
l’aujourd’hui, hélas le demain.
Nous dirons notre complète désillusion sur la nature
humaine et aussi son pendant : la foi dans l’homme. La confusion
et la clarté guideront nos pas...
Musée Khômbol & Bernard Legay
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