Prises de vues réalisées en
octobre 2002 dans le désert marocain.
“ Ici on a le temps qui passe. Nous on reste... Ils sont
assis. Ou ils marchent suivant une route sans fin. Ou, plus incroyable
encore, ils ne suivent aucune route. Ils marchent en plein dans
le paysage, comme s’ils savaient où aller.
Partout la vue porte si loin que l’on s’y sent près
de tout, et tout à la fois séparé, seul.
Ce que j’entrevois "en passant" évoque
précisément l’inverse du sentiment d’éternité fixe
qui se dégage du désert.Tout y semble arrêté,
quand tout n’y est que mouvement. Même le temps ne
s’y retrouve pas. Le passage y serait le seul mode, comme
celui d’être au monde. Passer alors, et dans ce mouvement
voir ce qui (se) passe. Le lien de ces images avec la matière
qui les fait exister est essentiel. Le paysage se colore sous mes
yeux. La couleur devient pigment comme la roche. Avec la vitesse
la couleur se déplace. Quand le paysage change à la
même vitesse que nous, aucun effet de flou ne vient troubler
nos perceptions.
J’ai choisi pour donner forme à ces photographies,
une technique de dépôt et un support de papier totalement
mat, pour la couleur et pour le noir & blanc. Le dépôt
de l’encre à pigments convient parfaitement au désert,
ce lieu qui n’est jamais tout à fait fixé,
comme le sable de la dune. L’air est sec. Le sable et la
couleur volent. Noir et blanc se séparent au même
point que mobilité et fixité. Tout va infiniment
lentement... C’est l’exact envers de la vitesse, mais
pas son contraire. ”
Arièle Bonzon, 2004.