œuvres de la collection du Frac des Pays de
la Loire
créées lors des Ateliers Internationaux au domaine départemental
de La Garenne Lemot
Claire Dehove, Dominique Gonzalez-Foerster, Renée Green, Noritoshi
Hirakawa,
Udo Koch, Claude Lévêque, Bernard Plantive, Roman Signer
Cette exposition, qui se veut la première d’une série,
inaugure les retrouvailles du Fonds régional d'art contemporain
des Pays de la Loire et de La Garenne Lemot. Elle pourrait s’apparenter à un
retour aux sources : en effet, le Frac fut accueilli en 1988 dans
la villa néo-classique de La Garenne Lemot et y développa
son activité jusqu’en 1992.
Intitulée Chambre avec vues, cette manifestation réunit,
du 23.05 au 29.10.2006, les œuvres de huit artistes qui ont
tous été associés aux résidences proposées à La
Garenne Lemot. Pionnier en ce domaine, le Frac des Pays de la Loire
a initié ces résidences dans le cadre des Ateliers
Internationaux dès 1984, et a développé par
cette expérience exceptionnelle en France une activité de
soutien à la création qui contribue à enrichir
sa collection de manière originale. La majorité des œuvres
présentées dans l’exposition Chambre avec vues
a été réalisée dans ces Ateliers puis
acquise par le Frac. Elles témoignent de la richesse et du
foisonnement de la production artistique dans ce contexte.
Une problématique commune réunit toutes ces œuvres
: la relation particulière qu’elles entretiennent avec
l’espace et le contexte, et plus précisément
la circulation qu’elles définissent entre espace intérieur
et monde extérieur. À leur manière, toutes prennent
en considération le lieu particulier qu’est La Garenne
Lemot, cette demeure bourgeoise et bucolique devenue espace d’exposition
ouvert sur le paysage. Plus largement, ces œuvres intègrent
le contexte de leur production, à savoir l’institution
artistique que représente le Frac, dont l’histoire ici
est fortement liée à la Ville de Clisson, au Département
de la Loire-Atlantique et à la Région, qui s’articule
autour d’un signe emblématique, la Loire.
Claire Dehove dans Rendez-vous à l’Éden fait
en 1992 de sa chambre-atelier un plateau à investir discrètement
dans ses moindres recoins. Son matériau source diffusé publiquement — 94
cartons d’invitation organisés en deux séries « monochromes » et « énoncés-textes » — est
disposé sur les murs, les fenêtres, les portes, les
plinthes, comme autant de plans-séquences d’un ou de
plusieurs films. Ce montage intégrant les trouées sur
le parc, se complexifie aujourd’hui par la projection du film
R.S.V.P. où les rushes d’un film relatifs aux trajectoires,
aux bifurcations et aux déplacements arrêtés
de deux acteurs dans les différents lieux urbains du tournage,
sont interrompus par des cartons-intertitres provenant d’une
série antérieure à celle utilisée pour
Rendez-vous à l’Éden. La coexistence pour le
visiteur de différents usages et temporalités lors
de son séjour dans cette chambre scénique, est due à la
présence d’éléments mobiliers d’ordre
domestique ou fabriqués à l’occasion d’une
exposition co-organisée par l’artiste (LMX étape
3, avec les designers Dig Ding Dong, Lyon), l’activité artistique
offrant ainsi ses prolongements.
Dans Extrait du cabinet blanc, Dominique Gonzalez-Foerster
explore la notion de cabinet, dans sa double acception : lieu où l’on
travaille et lieu où l’on expose des objets de curiosité et
d’études. Elle articule ces deux univers via la fiction,
tissée de souvenir et d’amnésie. C’est
la fiction qui sous-tend également l’installation Bienvenue à ce
que vous croyez voir : dans ce portrait ambigu de la galeriste parisienne
Gabrielle Maubrie, les champs censément antagonistes privé et
public se confondent, l’existence intime rejoint l’existence
publique. L’ensemble crée un espace intermédiaire,
et propose une réflexion sur la nature insaisissable et fragmentaire
de l’identité.
Renée Green réunit tous les éléments
propices à recréer l’atmosphère délicieuse
d’un salon aristocratique du XVIIIe siècle : musique
de Rameau, ordonnancement classique des différentes pièces
mobilières, évocation du jardin à la française,
couleurs délicates et pastel, tapisseries pastorales au mur.
Derrière cette façade stylée, se cache une réalité plus
brutale : celle du commerce triangulaire et des années de
la Traite, la vue d’une Afrique fantôme que l’artiste
offre aux regards, sans concession. Directement relié aux
notions d’espace et de conception de la monstration, le titre
de l’installation, Mise en scène, renvoie à ce
qui est montré, et plus encore à ce qui, peut-être,
préfèrerait rester caché (l’obscène).
Dans l’installation Drops in the Atlantic, Noritoshi Hirakawa
donne à entendre, en contrepoint d’un océan d’informations
visuelles, quelques paroles personnelles saisies à travers
le témoignages d’habitants de Clisson ayant vécu
la Seconde Guerre mondiale. L’artiste confronte par là même
l’information publique et l’information privée.
Il invite également le spectateur à contempler la vue
offerte par le paysage extérieur. Avec la photographie Frostbite,
Noritoshi Hirakawa joue avec les sens du spectateur en mêlant
l’inattendu au quotidien : un espace de toilettes publiques
pour hommes accueille une jeune femme assise, fixant l’objectif.
Le trouble naît de la confrontation incongrue entre un lieu
et son occupante, questionnant notre rapport à la réalité montrée,
renvoyant à l’ambigüité de l’image
et de notre perception. Les mêmes forces sont à l’œuvre
dans la photographie intitulée On april 2, around 13:30 at
Inogashira Park, Tokyo : une disjonction entre le décor (un
jardin public) et l’activité intime qu’y pratiquent
certains corps.
Le travail d’Udo Koch propose une réflexion sur le
passage de l’intérieur à l’extérieur,
et sur les concepts de vide et de plein. L’artiste part des
contours existants des objets et les désintègre en
points pour constituer ensuite à partir de ces points des
lignes d’extrapolation. Dans la série des théières,
l’objet et le moulage de plâtre de l’espace négatif
sont présents simultanément. La réalité fonctionnelle
de la théière s’associe à la réalité de
l’espace qui l’entoure pour donner un signe plastique.
Les sculptures Bavaria, China Green et Olaf reprennent ce principe.
Claude Lévêque choisit d’explorer une réalité difficile,
celle de la chambre d’hôpital. Combinant les emprunts
directs (un déambulateur, des flacons de perfusion) et des éléments
plus métaphoriques (la lumière blanche et crue, la
silhouette stylisée d’une forme dessinée au néon,
serait-ce celle d’un champignon atomique ?), l’artiste
nous fait basculer vers un paysage étrange, parcouru en surimpression
de nos expériences intimes.
Dans Désert blanc, Bernard Plantive énonce avec un
grand dépouillement et une extrême fragilité une œuvre
qui semble un territoire en lévitation, entre microcosme intime
et projection architecturale monumentale.
Enfin, Roman Signer installe une tente igloo individuelle
au beau milieu du parc de La Garenne Lemot : lorsqu’il se rapproche,
le visiteur perçoit le bruit amplifié du ronflement
de l’artiste. Cette pièce, intitulée Action,
Garenne Lemot, Clisson, du 4 au 8 août 1992, place l’accomplissement
d’un acte aussi intime qu’ordinaire (le sommeil) dans
un lieu extérieur, ouvert et public. Ce micro-territoire protégé qu’est
la tente interroge son environnement, et y impulse une nouvelle circulation
d’énergie, un passage expérimental où s’imbriquent
dimension humaine et dimension esthétique. Une autre action
de Roman Signer, intitulée Action, Garenne Lemot, Clisson,
8 août 1992, est présentée sous la forme de huit
photographies, constat séquentiel étrange où l’on
voit l’artiste enfermé dans une cabine hermétique
aux parois de plastique transparent.
Cette exposition a reçu le soutien du Conseil général
de Loire-Atlantique
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