Vernissage le
samedi 27 mai 2006 à 19h
Soirée d’ouverture avec un dîner musical
/ Projections en plein air de films documentaires de Jorge Amat
sur Dado
Dans
l’attente de l’ouverture de son grand Centre d’art
contemporain en cours d’aménagement qui sera inauguré en
septembre, la ville de Sérignan a décidé d’ouvrir
largement au public le Domaine des Orpellières investi par
l’artiste Dado. Durant tout l’été, les
visiteurs pourront découvrir cette réalisation magistrale
et unique de l’artiste.
Le
site des Orpellières à Sérignan Plage,
entre fleuve et mer, est un espace naturel exceptionnel, réserve
naturelle pour la faune et la flore typiques des terrains salins.
Au milieu de ce territoire les bâtiments abandonnés
d’une ancienne ferme viticole, le Domaine des Orpellières,
ont été investis à partir de 1994 par un artiste
de renommée mondiale Dado.
Cette figure
de l’art contemporain a recouvert les murs
et piliers intérieurs d’immenses peintures murales
aux couleurs vives et profondes, a accumulé des objets,
fétiches de l’enfance. Toujours avec le même
regard acerbe, il nous propose un livre ouvert sur la violence
du monde moderne.
Ils sont
tous là – remontés de la ténèbre
intérieure de Dado et venus s’écraser sur les
murs des Orpellières ou s’agglutiner en monceaux de
sculptures hybrides et délirantes, les rompus, les torturés,
les déchirés, les déchaînés,
toute la lie de l’enfance, toute l’engeance des cauchemars.
Ils grouillent et souillent. Si l’on s’abstrait des
bruits ordinaires de la vie et si l’on prête l’oreille,
par-delà le silence propre à la peinture, au colloque
des formes, c’est un concert qui nous saisit, de hurlements,
de gémissements, d’imprécations. L’âme
serait soulagée si elle entendait sinon une parole du moins
un rire. Mais ici les bouches ne sont tracées que pour le
cri, de même que les yeux, quand ils ne sont pas vides, ne
se signalent que par les larmes.
Aux Orpellières, pour une éternité aux dimensions
de l’humain, l’exode des figures de la douleur et de
la déréliction s’est arrêté. Les
murs retiennent les monstres. Ils n’iront pas plus loin.
En quelque sorte, les voilà sauvés – rescapés
arrêtés dans la fureur et absous par la plus sombre
et la plus tumultueuse beauté qui soit. Encore savons-nous
bien que d’autres hordes dadomorphes se sont exilées
de tous les malheurs de nos temps et se sont engouffrées
dans d’autres refuges. Tant qu’il y aura Dado et tant
qu’il y aura des murs, le peuple des saccages continuera
de proliférer et ses essaims de saturer les lieux de repos
jusqu’à la destruction du monde. Claude LOUIS-COMBET
Le site des
Orpellières est situé à l'embouchure
de l'Orb, entre la rivière et la mer Méditerranée,
sur les communes de Valras et Sérignan. Cet espace unique
de près de 200 hectares est constitué d'une plage,
d'un cordon dunaire de 2,5 kilomètres et d'une vaste zone
de prés salés, qui en fait l’un des plus beaux
sites du littoral languedocien. Depuis son acquisition en 1980
par le conservatoire du Littoral, le lieu est devenu une réserve
pour la faune et la flore spécifiques des terrains salins.
Le site a fait l'objet d'une exploitation agricole jusqu'à la
deuxième guerre mondiale. Les bâtiments qui servaient à l'exploitation
du Domaine (château d'eau, cuves, bergerie…) sont les
dernières traces de l’activité humaine sur
le site.
Dado, sur une
invitation de la Ville de Sérignan, a pris
possession du grand bâtiment central qui était resté longtemps
ouvert aux quatre vents et aux tagueurs. Ainsi l’artiste
a pu réaliser un vieux rêve, celui de créer
une œuvre in situ loin de tous les musées et de la
marchandisation de l'art. A partir de 1994, Dado est venu régulièrement
d’Hérouval, sa ferme de Normandie, pour poursuivre, élargir
et approfondir son œuvre qui reste probablement inachevable.
Il a recouvert
les murs de peinture et installé des objets
récoltés aux alentours pour réaliser une œuvre
d’art total. Les fresques taguées figurent des personnages
monstrueux, corps mutilés et souffrants, des gueules béantes
et yeux globuleux, des organes disséminés, des pantins
gesticulant, des visages figés dans une vraisemblable douleur.
Eparpillés dans l’espace, des voitures ossuaires,
une collection de squelettes, des poupées démantibulées,
participent à cet univers d’une force créatrice
incroyable.
Débutée au moment de la guerre des Balkans, cette œuvre
est un véritable manifeste qui dénonce l’horreur
de la guerre. Dado a composé un « manuscrit ouvert » sur
la violence du monde, une sorte de « Guernica en couleur ».