Le musée d’Art moderne et d’Art
contemporain de Nice s’attache à traduire dans sa programmation
une approche des grandes figures de l’art d’aujourd’hui
tant en Europe qu’aux Etats-Unis. La constitution de son fonds
permanent tient compte de cette stratégie : de là,
le choix des œuvres du domaine consacré à l’art
américain des années 60 : Frank Stella, Morris Louis,
Richard Serra, Kenneth Noland, ou Ellsworth Kelly ; de là aussi
l’alternance des expositions temporaires menées autour
des personnalités les plus marquantes de la scène artistique
d’Outre-Atlantique : Mark di Suvero, Man Ray, Jim Dine, Robert
Indiana, Donald Judd, Tom Wesselmann, Robert Rauschenberg, Adolph
Gottlieb ou l’Expressionnisme Abstrait. Il existe des résonances
profondes historiques et esthétiques entre les mouvements
d’arts plastiques en Europe et aux Etats-Unis, reflétant
ce qu’il y a d’essentiel dans l’être humain
impliqué dans la société moderne occidentale.
Quant aux divergences, elles apparaissent spontanément dans
la confrontation des œuvres au regard du spectateur qui en tire
sa propre réflexion.
Robert Longo
Sur la scène artistique américaine contemporaine Robert
Longo se démarque par la puissance de son expression, en partie
grâce à la technique composite qu’il utilise,
dans laquelle entre abondamment l’usage du crayon au graphite,
en partie par les sujets qu’il aborde. De tout temps, l’artiste,
par le biais de la commande ou spontanément, souvent comme
malgré lui, a traduit les problèmes profonds existentiels
de la société dans laquelle il évoluait ; il
en est de même avec Robert Longo, dont l’œuvre immense,
forte, dramatique, nous oblige à une réflexion sur
notre monde contemporain.
Dès sa prime jeunesse Robert Longo est fasciné par
l'univers médiatique, le cinéma, la télévision,
les magazines et les bandes dessinées. Il pratique avec une égale
réussite la sculpture, la photographie, la performance ou
l’art vidéo. Il est aussi musicien, une guitare basse,
au sein du groupe de sa compagne Barbara Sukowa, X PATSYS. C’est
d’ailleurs la thématique retenue pour une de ses œuvres
les plus récentes proposées dans l’exposition.
Pour l’exposition de Nice, son choix et celui du commissariat
se sont portés sur les séries les plus fameuses de
son œuvre, celles qui ont fait sa notoriété internationale,
celles qui ont le plus fortement marqué la critique et le
public. On y retrouve les Combines, les œuvres sur papier au
crayon graphite et au fusain, des sculptures. Les Men in the Cities
des années 80 restituent la solitude de l’habitant des
villes dans ces silhouettes dégingandées contorsionnées
en des attitudes bizarres, sous l’impact de balles imaginaires,
qu’on ne peut s’empêcher de rapprocher d’un
célèbre Jugement dernier. Mais est-ce au tribunal suprême
qu’elles sont convoquées ou à une danse macabre
? L’uniformisation de leur vêture les rend inidentifiables,
l’absence ou l’imprécision des visages les dissimulant
mieux que ne le ferait un masque. Les Combines allient différentes
images de l’actualité la plus tragique selon le principe
de l’assemblage d’images tel que Robert Rauschenberg
en a donné maintes propositions jusque dans ses dernières
réalisations. Les Vagues (Monsters) sont des incidents uniques
de paysage, spectaculaires et grandiloquents, concentrant en une
seule image la quintessence de la notion de nature, une nature par
définition incontrôlable et dangereuse. Elles sont des
extrapolations de paysages, des focalisations sur des détails,
plus significatives encore par leur échelle exceptionnelle
au regard de la technique graphique utilisée ; elles s’en
approchent et dans un lieu aussi feutré que le sont un musée
ou une galerie, l’effet en est saisissant, incommensurable.
Les champignons nucléaires, sublimes, atroces, sont à mettre
en parallèle avec la rose au faîte de sa maturité :
leur explosion et l’éclosion de la fleur sont une seule
et même formulation sémantique, celle du phénomène
essentiel du déroulement de la naissance à la splendeur
maximale, puis à la mort ; celle de la beauté mortifère,
celle du schéma de la vie quelle qu’elle soit, et qui
recèle en germe la prescience de la fin.
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