A
l’invitation du Conseil général
de la Loire, le Musée d’Art Moderne de Saint-Etienne
Métropole et l’Institut d’art contemporain, Villeurbanne & Rhône-Alpes
proposent une exposition conçue par l’artiste Bernhard
Rüdiger - enseignant et théoricien - à partir
de leurs collections respectives au château de la Bâtie
d’Urfé. L’exposition Locus oculi rassemble des œuvres
de différentes époques de la Renaissance à nos
jours. Cette trans-historicité permet une lecture du passé par
le présent et réciproquement.
Petrolio (locus desertus) : un point de départ
L’Institut d’art contemporain a acquis pour sa collection
en 2007 la sculpture monumentale Petrolio (locus desertus) de Bernhard
Rüdiger. Il s’agit d’une éolienne, dont les
pales viennent frapper un gong qui forme l’extrémité du
trépied, à chaque mouvement impulsé par la force
du vent.
Sur proposition de l’Institut, Bernhard Rüdiger a imaginé le
contexte d’installation de cette œuvre-signal, dans un
cadre aussi marqué d’histoire que le château de
la Bâtie d’Urfé. Invité par le Musée
d’Art Moderne de Saint-Etienne Métropole à explorer
ses collections, il a conçu une exposition d’artiste
réunissant des œuvres de deux collections majeures de
la région Rhône-Alpes.
Face
au château, verticale, mobile, la sculpture Petrolio
(locus desertus), mise en action par l’énergie imprévisible,
introduit le parcours de l’exposition et donne le ton de son
ambition : créer un équilibre vigilant, en résonance
avec une réalité complexe.
Petrolio (locus desertus) emprunte son titre à un roman resté inachevé de
Pasolini, qui pose le constat critique d’une société moderne à bout
de souffle. Son sous-titre évoque un espace vide où la
réalité serait tout entière à (re)construire.
Aspirant à transformer le « lieu du désert » en
un lieu du regard, à partir duquel penser le monde, l’artiste
Bernhard Rüdiger donne le titre Locus oculi à l’exposition
de la Bâtie. S’il autorise une polysémie d’interprétation,
le titre peut se traduire par « le lieu comme œil »,
ou « l’œil comme lieu », ou encore « le
lieu-œil », désignant alors la vision, dans tous
les sens du terme, comme la question fondamentale. Le regard est
ainsi investi d’une fonction bâtisseuse et réflexive.
La
Bâtie d’Urfé :
un lieu / une identité
Dans
un contexte d’inquiétude généralisée
quant au devenir du monde – écologique, économique,
social – et à une époque où l’articulation
passé-présent-avenir perd de son épaisseur,
Bernhard Rüdiger entend recréer des lieux à partir
desquels puisse être imaginée une action politique.
La Bâtie de Claude d’Urfé – son fondateur – serait
par excellence de ceux-là : un lieu retiré, un lieu écrin,
au même titre que la bibliothèque de cet humaniste du
XVIe siècle. L’exposition révèle le château
comme un lieu qui permet de se mettre à l’écart,
non pour oublier le monde mais pour mieux le reconsidérer.
La Bâtie d’Urfé est transformée dès
1535 alors que Claude d’Urfé prend la charge de bailli
du Forez, devenant ainsi le représentant du roi dans cette
province. Mandaté par François Ier au Concile de Trente
et diplomate au Vatican sous Henri II, Claude d’Urfé est
un fin lettré et ami du roi. Il a su opérer un retournement
d’alliance politique et faire de sa demeure un château
de plaisance inspiré de la Renaissance italienne et française.
Dans cette architecture, multiple, virtuose et surprenante, reflet
de la vision de Claude d’Urfé, Bernhard Rüdiger
a imaginé un parcours d’artiste qui fait se croiser
des collections. Quelque soixante-dix œuvres d’époques
différentes établissent un dialogue critique entre
notre temps présent et un passé idéalisé.
La configuration architecturale inattendue de la Bâtie, avec
cette étrange triangulation entre la bibliothèque,
la grotte et la chapelle, constitue la matrice conceptuelle de la
réflexion de Bernhard Rüdiger pour habiter aujourd’hui
ce lieu.
Exposition Locus oculi, par Bernhard Rüdiger
Au
centre du projet artistique, la bibliothèque réunit
des œuvres qui affirment différentes abstractions et
la tabula rasa avec le passé. C’est par exemple celles
de Michel Parmentier et d’Olivier Mosset, qui, avec le groupe
B.M.P.T. dès 1966, veulent atteindre « le degré zéro
de la peinture ». C’est également Lucio Fontana
qui fonde en 1949 le Spatialisme et introduit, avec un geste radical
et irréversible de perforation de la toile, le « Concept
spatial ». C’est encore Raoul Hausmann, contemporain
de l’avant-garde Dada, dont le rayogramme exprime les recherches
utopiques d’un homme et d’un monde « nouveaux ».
De manière générale, c’est une forte relation
au corps qui est donnée à voir dans les différents
espaces de l’exposition, qu’il s’agisse du corps
absent, avec les photographies de Walker Evans et de Blanc & Demilly,
d’un « corps » mécanisé, objectivé (Composition
aux raisins de Fernand Léger) ou bien du corps de la sculpture
rendu à l’état de socle, selon un processus radical
d’éviction et d’autoréférence (Saint-
Jean-Baptiste de Didier Vermeiren).
Le grand salon offre au visiteur différentes perspectives
sur les jardins et abrite les tapisseries de L’Astrée,
roman pastoral d’Honoré d’Urfé. En regard,
sont exposées des œuvres dont les systèmes de
représentation métaphorique convoquent une Arcadie
perdue ou revisitent des paysages à l’antique, pour
proposer de nouvelles pensées de l’homme avec l’espace
(Pastorale ou paysage à l'antique de Gustave Courbet, triptyque
de Ludger Gerdes, maquettes Quartier d’hiver de Thomas Schütte…).
Les œuvres présentées dans le corps de garde – une
suite de salles donnant sur la cour intérieure, qui symbolisaient
la force militaire – sont caractéristiques de l’élargissement
du champ de la sculpture tel qu’il s’est produit dès
les années 1960-1970. Elles affirment une matérialité qui
met en jeu des forces physiques (Giovanni Anselmo, Gilberto Zorio),
des transformations organiques (Mario Merz, Toni Grand) ou qui ouvre
la voie à « l’antiforme » (Robert Morris).
Artistes présentés :
Anonymes, Giovanni Anselmo, Edouard-Denis Baldus, Antoine Beato,
Blanc & Demilly, Jean-Baptiste Carpeaux, Gustave Courbet, Anthony
Cragg, Walker Evans, Luciano Fabro, Patrick Faigenbaum, Robert Filliou,
Lucio Fontana, Prospero Fontana, Ludger Gerdes, Adolphe Giraudon,
Toni Grand, Raoul Hausmann, Ann Veronica Janssens, On Kawara, J.
Kuhn, Suzanne Lafont, Ange Leccia, Fernand Léger, Damien Lhomme,
Karel Malich, Charles Maurin, Mario Merz, Francisque Millet, Christian
Milovanoff, Liliana Moro, Robert Morris, Olivier Mosset, Reinhard
Mucha, Michel Parmentier,
Francesco Peruzzini & Alessandro Magnasco, Bernhard Rüdiger,
August Sander, Thomas Schütte, Giorgio Sommer, Veit Stratmann,
Félix Thiollier, Didier Vermeiren, Gilberto Zori
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