Taysir Batniji
Ville Lenkkeri*
Yvan Salomone
Lena&Viktor Vorobyev
* Dans le cadre de 100% Finlande en France - Printemps 2008.
100% Finlande est organisé :
- pour la Finlande : le Ministère de l'Éducation, le
Ministère des Affaires Étrangères et l'Ambassade
de Filande en France
- pour la France : par le ministère des Affaires étrangères
et européennes, le ministère de la culture et de la communication,
l'Ambassade de France en Finlande et Culturesfrance.
Commissaire générale : Iris Schwanck
Cinq artistes –dont un couple– sont
invités à exposer au Quartier. S’ils viennent
d’horizons différents (la France, la Palestine, le Kazakhstan
et la Finlande) leurs
oeuvres, photographiques ou picturales, ont en commun de mettre l’image
au
travail. Tous l’utilisent sur un mode sériel. C’est
donc à travers la collection, le
recensement ou l’inventaire qu’ils explorent une situation,
vérifient des hypothèses
ou cherchent à épuiser un sujet.
Qu’ils fassent confiance à l’image ou qu’ils
s’en méfient, chacun de ces artistes
prend position vis à vis de son pouvoir à construire
la réalité plus qu’à la
représenter ou de son impouvoir à la saisir puisqu’elle échoue
toujours à dire
la vérité.
Quels que soient leurs partis pris, la réalité à laquelle
ils se confrontent se
décline au pluriel.
Yvan
Salomone (Saint-Malo, France)
Au Quartier, Yvan Salomone installe quelques soixante-dix de ses
aquarelles. Hautes
en couleurs, ce sont des paysages portuaires ou industriels, peints
d’après photo, dont
l’exécution obéit à un protocole rigoureux
: un format de papier toujours identique
qui excède celui de l’usage habituel, un temps de réalisation
d’une semaine, un titre
de onze lettres. A posteriori, avec un décalage d’un à deux
ans, Salomone produit un
texte dédié à chacune de ces peintures.
L’artiste les envisage comme des « chroniques » à travers
lesquelles il « examine une
actualité » saisie au Havre, à Rotterdam, à Dakar
ou à New York. Investis par le travail
pictural, ces lieux sont impossibles à identifier. La fluidité du
medium accuse la nature
instable et provisoire de ces docks et chantiers inventoriés
tandis que le caractère
documentaire de l’oeuvre est sans cesse menacé de faillite.
Des zones d’incertitude
s’ouvrent soudain. Le paysage s’anime, se convulse ou
s’apaise. Une des données de
ce travail veut que les sites choisis soient désertés
de toute présence humaine. Sans
doute est-ce pour l’artiste une condition nécessaire
pour pouvoir les habiter avec une
mémoire, des savoirs, de multiples références
et associations, des affects aussi et des
combats menés à la surface du papier. Ce l’on
peut voir alors relève avant tout d’une
pensée du réel ou d’une réelle expérience
du regard.
Les textes d’Yvan Salomone, dits par l’artiste, sont
présents au sein de l’exposition
sous la forme d’un document sonore.
Yvan Salomone est représenté par la Galerie Xippas à Paris
où il expose du 31 mai au 26 juillet 2008.
Taysir Batniji (Gaza, Palestine et Paris, France)
Avec une pratique de la photographie documentaire, Taysir Batniji
opère en Palestine
dans un contexte saturé de sens. Toute sa question d’artiste
est de faire travailler
l’image sur ce territoire en la préservant des discours
obligés et des clichés médiatiques.
Sa réflexion sur l’économie de l’image,
son impact, sa circulation et son exposition est
particulièrement explicite dans les deux séries présentées
au Quartier. Les
photographies des Pères, une série
entreprise en 2005, sont des images d’images.
Elles montrent des portraits – peintures, chromos, photographies – accrochés
sur
les murs des boutiques, échoppes et cafés de Gaza.
Le père fondateur du commerce
auquel le propriétaire rend hommage y figure le plus souvent,
il voisine avec des leaders
arabes comme Arafat, Saddam Hussein ou le Cheik Yassine. Au delà du
thème de
la filiation, Taysir Batniji souligne ici l’aptitude de la
photographie à « représenter la
disparition », à rendre l’absence présente.
Attentif aux formes de la contrainte comme à tout ce qui nous
gouverne, l’artiste
expose une série récente de photographies intitulée
Miradors. À la manière de Bernd
et Hilla Becher qui documentent le patrimoine industriel, il tente
d’établir une typologie
des miradors israéliens qui envahissent le territoire palestinien.
Cependant, les conditions
particulièrement dangereuses de la prise de vue par un palestinien
trahissent, au
sein même de l’image, l’impossibilité d’installer
le matériel lourd du couple d’artistes
allemands tandis qu’il est exclu d’envisager ces constructions
militaires comme des
sculptures et encore moins comme un patrimoine.
Taysir Batniji est représenté par La B.A.N.K.S galerie à Paris.
Il expose aussi sur le Pont des Arts à Paris
avec Rula Halwani du 3 au 30 juin 2008.
Lena et Viktor Vorobyev (Almaty, Kazakhstan)
Ce couple d’artistes travaille à une lecture de l’espace
d’échanges qui s’est ouvert
dans la société Kazakh après la chute de l’Empire
soviétique. La photographie est
un de leurs instruments privilégiés pour sa capacité à cadrer,
découper et relier des
moments ou des situations éparses. Ce qu’ils enregistrent
c’est une circulation libre
du sens et des signes.
Les Vorobyev se sont rapidement fait connaître lors de la
Biennale de Venise en 2005*
avec une pièce étonnante intitulée La Période
bleue (2002/2005) que l’on retrouve
au Quartier.
Une centaine de photographies s’affichent aux murs. Y règne
en maître la couleur
bleue, un bleu azur qui semble avoir colonisé la ville entière
: les murs, les toits, les
rideaux, les bancs, les kiosques, les vêtements… Cette
manifestation silencieuse de la
couleur du drapeau national Kazakh relègue tranquillement
et joyeusement le rouge soviétique
au cimetière des symboles déchus, tout comme les effigies
de Lénine. La
ville au quotidien est désormais pour les artistes une gigantesque
exposition où les
objets courants peuvent accéder à une dimension politique
ou poétique. La magie du
sens délivré opère encore dans une série
intitulée Les Bijoux du ciel. Des guirlandes
lumineuses installées dans les rues pour les fêtes ont été photographiées
en contreplongéeà
ciel perdu ; ce sont alors d’immenses colliers, brillant
de tous leurs feux,
offerts au firmament.
Ville
Lenkkeri (Helsinki, Finlande et Stockholm, Suède)
La photographie peut-elle dire la vérité ? Cette
question est au coeur des travaux de
Ville Lenkkeri. Toutes ses photographies manifestent l’idée
que l’image ne se contente
pas de reproduire la réalité, l’acte même
d’imager et ses artifices créent toujours une
fiction.
Ainsi la série intitulée Reality in the Making accumulait
des photographies de musées
mettant en scène l’histoire ou la science au moyen
de dioramas ou de maquettes. Ces
images entretenaient une confusion déstabilisante entre la
réalité et sa représentation.
Au Quartier, l’artiste présente Civil Courage, une série
récente qui rend hommageà des gens
ordinaires. Tous se trouvent dans des situations bouleversantes
avec des vies
parfois difficiles sinon dramatiques. Ils font preuve d’un
courage exceptionnel, d'un"
héroïsme silencieux" auquel Ville Lenkkeri rend
justice.
Les photographies montrent de vraies personnes avec de vraies
histoires brièvement
notées sur un cartel. Amenées à jouer leur propre
rôle dans leur véritable environnement
devant l’objectif de l’appareil photographique, elles
ouvrent irrémédiablement
un espace fictif et deviennent des personnages. Si l’image
ment toujours, ne serait-ce
que par omission, les photographies de Ville Lenkkeri travaillent
sur le fil du paradoxe
du menteur qui, en avouant qu’il ment, dit aussi la vérité.
Dans le cadre de 100% Finlande en France - Printemps 2008.
Ville Lenkkeri est représenté par la galerie FlashGeiger à Stockholm
en Suède. |