Le travail d'Anabelle Hulaut s'inscrit
dans un processus de rencontres et de hasards qu'elle provoque
et s'approprie.
Rebondissements, enchaînements, interruptions, répétitions
font l'objet d'une écriture, sorte de narration en évolution
permanente, qui mêle l'aspect fictionnel et des éléments
réels de sa vie quotidienne.
Chaque exposition ou événement est un prétexte à produire
la fiction, à amplifier la question du regard et à questionner
le lieu d'où l'on regarde. En 2007 Anabelle Hulaut trouve
en Angleterre une veste dont le motif décoratif est un damier
noir et blanc. En 2008, elle utilise le motif du damier pour sa photographie
intitulée Le détective, le voleur, l'artiste et le
modèle qu'elle présente au musée d'art et d'histoire
de Cholet d'avril à juin de cette même année.
Cette image est inspirée du tableau L'art de la peinture (1863),
dans lequel le peintre Johannes Vermeer utilise le damier comme dispositif
visuel. À la Villa Dourven, le damier noir et blanc devient
sujet, recouvre le sol dès l'entrée puis contamine
l'espace d'exposition transformé pour l'occasion en une villa
au statut incertain. Il invite le visiteur à aller plus avant
dans un espace d'exposition modélisé comme un intérieur
privé. Cette habitation pourrait être tout à la
fois le lieu de résidence de l'artiste, sa maison de vacances
ou ce que l'on nomme communément dans le jargon culturel le
lieu de la résidence artistique . Ce pourrait être aussi
une maison privée, ou la reconstitution de la maison d'un
personnage célèbre et prestigieux qui a habité ici,
ou encore celle de ce détective Hulaut dont on trouve le bureau
juste après l'entrée.
Bref, quand le visiteur pénètre dans la Villa Dourven,
il entre dans le tableau, dans l'art, dans la vie. Il se déplace
du bureau à la cuisine, du salon à la salle de bain.
Tout fonctionne, il peut lire dans la bibliothèque, se préparer
du thé dans la cuisine et s'asseoir au salon ou à la
table ronde de la salle à manger. Dans le bureau, il peut
aussi consulter les archives constituées par le détective
Hulaut. Le personnage inventé, par l'artiste, toujours à la
recherche du mobile de l'oeuvre, rassemble indices et pièces à convictions
immergées dans le passé privé et public de la
villa Dourven. Dans ces enchevêtrements d'espace du regard,
le détective invite le spectateur dans le lieu du délit, à y
regarder de plus près et à découvrir le vol,
le plagiat, la destruction, l'appropriation, la copie, tous les crimes
possibles dans l'art. Dans l'exploration de chacune des pièces,
il découvre les oeuvres visuelles et sonores de Mlle Hulaut. |