Avec l’exposition LOVE BLOC, Jérôme
Touron développe les concepts initiés depuis quelques
années
avec des œuvres telles les ‘Elevages de couleurs’,
ainsi que les récentes ‘Couleurs mécaniques’,
où des
feuilles de verres peintes, colorées par de l’adhésif,
coulissent sur des glissières, donnant ainsi une
dimension interactive à ces travaux.
Pour la série des multi-pass, des blocs de plâtre de gabarit
différents peuvent être déplacés sur leur
socle
mural, celui-ci comportant parfois des parties colorées s’ajustant
ou non au bloc en fonction de sa position.
La couleur agit ici comme un évènement particulier à chaque élément,
devenant le vecteur d’une ‘re-création’,
un équilibre provisoire.
Extrait du texte La Valeur en exposant, Emmanuel
Hermange, 2006 :
‘.. Jérôme Touron a commencé les Elevages
de couleurs en 1997. Conçus comme des modules de différentes
tailles pouvant être isolés ou combinés entre
eux, fixés sur pieds ou au mur, les Elevages se présentent
comme
de simples structures de rails métalliques sur lesquelles
sont disposés, de manière irrégulière,
des fragments de
verre (7,5 x 12,5 cm) recouverts d’adhésif qui forment
autant d’échantillons de couleurs amovibles.
Citation explicite de la photographie du dépôt de poussière
sur le « Grand Verre » (Elevage de poussière,
1920, réalisée par Man Ray à la demande de Duchamp,
les Elevages, appréhendés à distance, ou sur
une reproduction photographique — le contexte du white cube
aidant —, semblent cependant réactiver quelques traits
caractéristiques du modernisme et de son histoire, en particulier
la grille modulaire et la distribution aléatoire des couleurs.
Mais à considérer leur aspect de présentoir,
bien distinct de la forme-tableau, les Elevages apparaissent aussi
comme des étalages de petits monochromes de facture industrielle.
Ce dispositif permet ainsi au spectateur d’agencer les échantillons
de couleurs à son goût.
Prise en compte pour la première fois par l’artiste,
la fantaisie du spectateur, avec sa part d’arbitraire, se substitue
au hasard mis en œuvre de manière emblématique
au début des années 50 par un Ellsworth Kelly pour
en finir avec la composition des couleurs, qui, chez Touron, devient
un processus à variation constante inscrit dans la durée
même de l’exposition…’ |