L'exposition Binahayat (ou « infini » en
persan) au Moulin réunit des pièces qui traversent
l'Oeuvre de Michelangelo Pistoletto. Né en 1933 à Biella (Italie), le parcours de cette figure importante
de l'Arte Povera et de l'art conceptuel est exceptionnel à maintsé gards.
Son travail sur le temps, le banal, la forme, l'abstrait est corrolaire
d'une attitude humaniste forte et l'art prend avec lui base
sur l'éthique.
En 1968, à la Biennale de Venise, Pistoletto présente
le « Manifeste de la Collaboration ». C’est à partir
de là que naît le « Zoo »,
un groupe ouvert qui propose un art d’échange créatif,
c’est-à-dire de découverte de l’identité de « l’autre ».
Puis, en 2001, il fonde
la Cittadellarte-Fondazione Pistoletto, son Université des Idées à Biella,
près de Turin, dont le but est « d’inspirer et de
produire une
transformation responsable de la société à travers
les idées et les projets créatifs » en réunissant
sa famille, des amis, des artistes,
des personnes du monde de l’art, des scientifiques, des chercheurs,
des curieux et intéressés, etc. Puis, de la société microcosmique
Cittadellarte et de l’imagination de Pistoletto est né « Love
Difference » : ce « mouvement artistique pour une politique
interméditerranéenne»
qui propose de faire travailler ensemble les artistes de tout le bassin
méditerranéen. Par ce biais, Pistoletto
interroge ainsi le phénomène de la globalisation. En
outre, par l’utilisation de la langue persane (l’empire
Perse antique – actuel
Iran - bordait la Méditerranée à l’Est et
ouvre aujourd’hui encore sur l’Eurasie) dans le titre de
l’exposition Binahayat, l’artiste
formule ici une tentative de croisement spatio-temporel entre l’Orient
et l’Occident.
Parmi les oeuvres exposées au Moulin, les miroirs « fractals » jouent
un rôle important. Le miroir est au centre de l’OEuvre
de
Pistoletto depuis l’Autorittrato oro (1960), les premiers Quadri
specchianti (ses Tableaux-miroirs de 1961-1962 dans lesquels des
figures humaines et des objets étaient peints sur des surfaces
réfléchissantes), au Metrocubo d’infinito, le M3
d’infini (1966), ce
cube fermé dont les six faces intérieures sont des miroirs
se reflétant à l’infini. L’effet miroitant
dans le cube n’est pas visible. On
entre dans l’oeuvre exclusivement avec l’imagination et
par l’exercice mental.
La glace permet à l’Homme de vivre une expérience
figurative fondamentale : l’acte de se mirer. Le miroir est l’un
des symboles de
la phénoménologie de l’oeuvre aussi bien que des
sciences cognitives. Le matériau réflecteur permet à l’artiste
de questionner la
bidimensionnalité du tableau, qui devient tridimensionnelle
grâce à la profondeur de champs impalpable renvoyée.
Dimensionà laquelle l’artiste en ajoute une quatrième : celle du
temps, qui défile sous les yeux du regardeur, comme un présent
continu en
devenir, lié à la notion d’A-R-T « artists
run time »1.
Dans les années 1970, Pistoletto commence à découper
les miroirs, à les diviser, les multiplier et à les recomposer
en autant de
tableaux. Pourtant, chaque petit bout, chaque partie conserve le pouvoir
de capter l’univers et de le restituer. Cette métonymie
appliquée à l’art, proche de la philosophie bouddhiste,
agit comme une maxime visuelle : la partie contient le tout et vice
versa. En
outre, les Fractal black and light montrés au Moulin représentent également
la libération de la pensée spirituelle des chaines de
la
figuration et de l’influence historique de l’icône.
Le miroir est présent jusque dans l'installation The Labyrinth,
ce motif mythologique, symbole de la Vie, de la Connaissance, de
voyage et dont la spirale peut renvoyer à une vision cyclique
de l'histoire. Le dédale prend ici la forme d'une installation
dans la
partie la plus ancienne du Moulin (14e siècle) en carton ondulé,
un matériau traditionnellement considéré comme
pauvre.
Une autre des actions de Pistoletto, manifestée en objets à usage
banal et en adéquation avec la finalité exprimée à la« Cittadellarte », a été de choisir un symbole, le
Segno Arte, le Signe Art (son signe personnel dérivé de
L’Homme de Vitruve, ce
dessin modèle géométrique d’un homme normal
de Leonard de Vinci), qu’il décline sous toutes les formes
possibles d’objets
utilitaires : table, lit à baldaquin, fenêtre, radiateur,
porte, etc. Certaines de ces pièces historiques sont visibles
dans l’exposition
Binahayat au Moulin.
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