Pour sa seconde exposition personnelle,
Jérémy
Liron permet de découvrir des séries de
paysages où l'urbanité jouxte une sorte de mélancolie.
Cette dernière est induite par le
titre même de l'exposition "Hotel de la mer". Mais
avec l'artiste, elle ne reste pas ce
qu'elle est trop souvent : à savoir un regard inerte, porté vers
les lointains d'en face.
Le créateur lyonnais n'est pas de ceux qui se contentent d'errer
dans les paysages qui le
précèdent. Par ses toiles, photographies, sculptures
et vidéos il aborde le paysage
balnéaire à travers une expérience commune à beaucoup
d'entre nous mais non pour en
sacraliser les reste mais en provoquer des suspens.. Qui ne souvient
pas de vacances
aussi familiales que maritimes ? Pour certains elles étaient
le signe d'une joie
débordante, pour d'autres d'une sorte d'anxiété.
L'un et l'autre de ces sentiments font
porter une attention particulière au paysage d'emprunt. On est
alors sensible à des "pans" que nous ignorions face à ceux que nous fréquentons au
quotidien. Mais d'un départ
ponctuel, le créateur génère un processus très
particulier.
Des éléments architecturaux font ainsi irruption dans
des paysages où la végétation veut
garder le premier plan. Jérémy Liron peint aussi des
villas rectilignes, anguleuses mais il
sait porter son regard sur des détails qui sont autant d'intrusion,
d'accidents de parcours.
Tout est là mais vacille, comme affaibli, sans fermeté,
soudain distant. Pour l'artiste il
s'agit cependant de vitaminer le désir, le rêve. Mais à la
matière d'une mythologie - d'où sans doute l'effet de nostalgie. Chaque image du présent glisse
ainsi vers le passé. Mais
l'inverse est vrai aussi. Et parfois on ne sait plus vraiment dans
quel "temps" se situer.
L'artiste l'a d'ailleurs lui même bien compris lorsqu'il affirme
: "Ne passe-t-on pas la
majeure partie de son temps à inventer par petites parcelles
les souvenirs exacts de ce
qui ne cesse continuellement de nous échapper?". Le créateur
les retient : mais de
manière distanciée, à travers l'épure mis
aussi par effet de vitre qui si elle laisse passer
la lumière tient lieu aussi d'écran.
L'oeuvre cultive ainsi l'écart et l'attention neuve qu'il permet.
Dans la distance temporelle
crée il nous fait habiter un lieu qui est aussi un non-lieu.
Une telle démarche provoque
une autre présence aux réalités de la côte
et de sa proximité retrouvée.
Loin de l'agitation aliénante vidéos, photos, tableaux
aiguisent l'étendue, la retraite et
l'attention. De telles oeuvres nous "scotchent" car elles
sont soustraites aux faux
enchantements de l'artifice au sein même de territoires construits
plus pour l'ostentation
que le recueillement. Le retrait est donc la qualité première
de ce travail qui distribue les
signes presque imperceptibles de changements d'époque, de temps.
L'artiste nous
redonne une sens auroral qui se perd de plus en plus. Sans que les
choses apparaissent
avec clarté on vient rechercher ici, dans la retraite et son
recul, une autre, plus vivace et
originaire de ce que nous mêmes avons connu et éprouvé dans
nos étranges et
provisoires épiphanies marines. Soustrait aux prises habituelles,
en recul, privé de relief
ou simplement de cette évidence allant de soi qu'il a à l'ordinaire
le long des jours, le
paysage est donc soumis à une étrange érosion
et érection. La terre tend aimantée vers la
mer et nos souvenirs une fois de plus semblent eux aussi se perdre
en elle. Le paysage
change mais en restant le même. C'est (aussi) une manière
de retrouver une forme
d'extase ou de ne pas la quitter.
J-Paul Gavard-Perret, 2007
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