Alain Cornu
"La nuit venue, dans quel endroit auriez-vous
le plus peur : ville ou une forêt ?"
C'est avec cette question, lue dans un sondage, qu'Alain Cornu
s'est rendu en forêt, comme on entreprend
une retraite. C'est avec surprise qu'il avait lu qu'une grande
majorité désignait
la forêt, alors que c'est de toute évidence dans la
ville que l'on court les plus grands dangers.
C'est à la chambre qu'il décide de réaliser ses
photographies, malgré les contraintes de poids et
d'encombrement. Il choisit un format rectangulaire, à la limite
du panoramique qui "correspond à la vision de
l'oeil, et se plonge dans la forêt pour "chercher l'organisation
dans le chaos".Dans l'alignement des troncs
d'arbres, l'affaissement des branches comme dans le désordre
des branchages tombés au sol, Alain Cornu
traque les signes de la forêt comme autant de réponses à des
questions qu'il ne saurait formuler.
Son point de vue est celui du promeneur : pas de ciel dans ses photographies,
tout juste parfois une clairière
au loin. De même, il privilégie les jours où le
temps est gris et les saisons où la forêt est dense et
verte. "En
regardant mes photographies, je veux que le spectateur sente qu’il
n’y a pas d’échappatoire possible et qu’il
ressente avec moi la sensation d’étouffement".
Ainsi, Sophie Bernard assimile le travail d’Alain Cornu à une
chasse aux trésors à la découverte de signes
du
désordre naturel, alors qu'Hervé Le Goff, lui, dénonce
un travail à la recherche des traces de la guerre entre la
ville et la forêt:
"
Alain Cornu s'engage ainsi à son tour dans cette frange primitive
de notre vieille terre qui a nourri les
dinosaures et engendré notre pétrole. Ses photographies
prises à la chambre conjuguent dans le même art
les sensations contraires de l'étouffement et d'un cheminement
libératoire, le silence imposant de
cathédrales sans fidèles et les infimes détails
où grouille la vie.
Frances Dal Chele Armelle
Canitrot nous parle, elle, de la "photographie
intuitive de Frances Dal Chele qui capte avec pudeur et
délicatesse les ombres menaçantes qui planent aujourd’hui
sur le nomadisme et l’identité touareg" dans son
exposition "+OÏ" (ce mot touareg se prononce "Treg",
et signifie "Vivre sans entrave") :"
Loin des clichés touristiques sur les hommes bleus, à distance
aussi des préoccupations documentaires, les
photographies sensorielles de Frances Dal Chele invitent plutôt à ressentir
la « présence » touareg et la
mystique du désert. Par cette étrangeté formelle
qui associe dans un même plan, l’image nette d’un
paysage
et celle brouillée d’un portrait, la photographe transmet
en effet non pas une vision, mais une véritable
expérience personnelle des lieux et de ceux qui les habitent,
telle qu’elle les a perçus en partageant le
quotidien des familles du Hoggar et des Ajjers.
À
cette netteté méticuleuse d’un paysage reçu
dans son immuable minéralité s’oppose le flou éthéré des
silhouettes et des visages, demandant un effort et un temps d’adaptation à celui
qui les regarde. Un « flou de
proximité » en quelque sorte qui évoque inévitablement
l’intimité entre la photographe et ces hommes, ces
femmes et ces enfants, mais qui paradoxalement les fait apparaître à la
fois comme des masses sculpturales
et comme des spectres éphémères. Une façon
pour l’artiste de révéler que, malgré le
temps passé avec eux,
les Touaregs ne cessèrent jamais de l’impressionner,
gardant pour toujours leur part de mystère
impénétrable. Hiératiques et fragiles à la
fois, ces portraits rappellent ainsi la puissante noblesse et
l’ancestrale sagesse de ces seigneurs du désert, mais
pointent aussi leur vulnérabilité face à la
modernité".
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