Etienne Boulanger, Manon de Boer,
Erik Göngrich,
Raphaël Grisey, Andreas Fohr, Aglaia Konrad, Martin Krenn, Dorit
Margreiter, Eléonore de Montesquiou, Jean-Luc Moulène,
Stéphanie Nava, Catherine Rannou, Benjamin Rivière,
Michaela Schweiger, Birgit Schlieps, Clemens von Wedemeyer, Albert
Weis, Florian Wüst
Dans le cadre de l'exposition "la vie moderne / revisitée" 18 œuvres
d'artistes contemporains sont présentés. De diverses
manières, ils reflètent les rapports existants entre
l'utopie esthétique et sociale mais aussi politique de la
modernité des années 50 et 60.
L'exposition est constituée de différents
volets :
- les villes modernes comme espaces d'expérience de la perception
individuelle ou subjective
- l'image de la modernité ainsi que les conditions politiques
et culturelles de la modernité
- la réalité et l'imagination de la vie quotidienne
dans des villes et des habitats modernes
- la ville et l'habitat comme espace de mémoire et d'acte
(interaction) sociale.
Comme une sorte de prologue, 4 vidéos sont présentées
en alternance, à l'accueil du centre d'art passerelle. Dans
tous les films, différentes villes (Paris, Saõ Paulo,
Dresde, Nantes) sont présentées avec un regard individuel
et subjectif. En se référant fortement à la
construction des images et des narrations du cinéma, ces films
racontent des petites histoires sur des perceptions individuelles
des villes.
Manon de Boer
Resonating Surfaces (surfaces de résonance), 2005, 39 min
L'argument du film, initialement tissé autour de plusieurs
rencontres à Saõ Paulo, s'est finalement focalisé sur
Suely Rolnik, critique d'art et psychanalyste brésilienne.
Seule sa voix résonne sur les images de cette ville. Cette
approche resserrée n'est cependant jamais frontale, mais de
biais, différée ou anticipée. La voix qui parle
du corps surgit en premier lieu et le corps visible à l'écran
parle sans voix. Manon de Boer procède par dissociation ou
déploiement parallèle. Ainsi, elle accuse à la
fois la présence des corps vibratiles et le retentissement
des paroles ou de la musique en dehors d'eux. Un public participe à un
concert, habité par le rythme et le chant. Mais ce que l'on
voit est en léger décalage avec ce que l'on entend.
Sur des images panoramiques de Saõ Paulo, la critique d'art
et psychanalyste évoque ses réflexions à propos
de la façon d'être brésilienne : cette « présence
du corps comme plaque sensible » et cette « ouverture
subjective des désirs et des esprits ». Comme quiconque,
Suely Rolnik a une histoire et celle-ci coïncide avec l'Histoire,
celle de la pensée et d'une génération. Le film
de Manon de Boer est fait d'imbrications de paroles, d'images et
de matières sonores composées par le musicien George
van Dam en résonance avec le parcours de Suely Rolnik qui
fut ponctuellement en exil à Paris dans les années
soixante-dix.
Andreas Fohr
Oracle (Orakel von Prohlis), Dresde / Paris, 2007, 48 min
Pour éponger ses dettes, la ville de Dresde a vendu, d'un
coup, à une société d'investissement financier
américaine, la totalité de ses logements sociaux. A
Prohlis, une banlieue composée pour l'essentiel de ce type
de logement, un enquêteur énigmatique, silencieux mais
muni d'un appareil d'enregistrement, se promène et capte des
sons. On dirait, en tous cas c'est ce que les images transmettent,
qu'il tente de déchiffrer une parole oraculaire. Rien n'est épargné à l'auscultation.
Cela va des rumeurs des cours, aux bruits des tuyaux ou des couloirs
des bâtiments eux-mêmes. Plusieurs fils se dévident
en simultané, qui enroulent autant une réflexion sur
le son, la polyphonie, l'écoute que sur la politique sociale
contemporaine - et son (notre) avenir. Prenant le parti pris de la
modestie, ne cachant pas que cela peut s'apparenter à un jeu
perdu d'avance, et avec lui égarée aussi la possibilité de
la transparence (une main, aussi régulièrement que
vainement, tente de placer une pièce dans un verre lui-même
inclus au centre d'un bocal empli d'eau), le film avance à pas
décidé. Au milieu des choses, plutôt qu'au-dessus, écho
sans voix propre plutôt que propriétaire, il s'agit
ici de déjouer les pulsions autoritairement prophétiques.
(Jean Pierre Rehm)
Jean-Luc Moulène
Partition, 2006
Comme une projection de diapositives suivant un rythme
lent "Partition" se
compose d'une succession d'images qui évoquent à la
fois l'impression de feuilleter les photos d'un album privé ou
des images extraites d'un film. Les scènes photographiées
sont des situations presque banales de la vie quotidienne dans un
quartier parisien : des gens qui se promènent, qui courent
pour ne pas être en retard au travail, qui nettoient les rues
etc... La ville est le théâtre réel pour toutes
sortes d'activités (ou parfois aussi d'inactivités).
Ce "théâtre" et ces actions sont typologiques,
et non pas spécifiques, au sens où la "narration
animée" se construit "entre les cadres fixes" pendant
(et avec) l'acte de la perception. Les expériences urbaines
du spectateur se mélangent avec le regard photographique de
l'artiste. A cause de la notion "non-spécifique" des
images, ces expériences individuelles deviennent des expériences,
des espaces partagés et collectifs.
Courtesy Galerie Chantal Crousel, Paris
Benjamin Rivière
Tripode, 2006, 18 min
De Blade Runner à Alphaville, d'Abyss au Testament d'Orphée,
de la destruction d'un immeuble à son exploration par plusieurs
personnages, le film ?Tripode? nous transporte dans les méandres
d'architectures aux allures futuristes, fantasmées, réelles
ou paranoïaques. En coupant, collant et remixant des extraits
de films et des séquences tournées à Paris et à Nantes,
Benjamin Rivière explore le langage cinématographique
(et plus particulièrement le vocabulaire propre au montage)
mais aussi la culture contemporaine à travers l'utilisation
de références à la science fiction. Moments
de transition ou de ressorts narratifs, les séquences prélevées
représentent des non-lieux dans lesquels nous ne sommes plus
que de passage, véhiculés d'un plan à un autre
par l'intermédiaire d'associations visuelles. ?Tripode? est
un film en multidimensions d'où s'échappent des lignes
de fuite affectant simultanément nos représentations
de l'espace et notre rapport à la réalité. Et
ce sont ces mêmes obsessions pour l'architecture et le cinéma
que l'on retrouve dans l'ensemble de ses œuvres. Comme dans
la performance filmée ?Figuration? qui découle de l'analogie
entre le lieu immortalisé par les Frères Lumières
dans la Sortie des Usines et les 994 m² investis par les Instants
Chavirés à Montreuil pour laquelle l'artiste a invité à rejouer
ce plan emblématique en 2006. C'est d'ailleurs cette façon
de s'accrocher à des éléments visuels, repérés
ou rencontrés au hasard, de les prélever et de les
assembler qui fait la particularité du travail de Benjamin
Rivière et de son acuité à créer des œuvres
comme autant d'amorces de nouveaux scénarios. (Elodie Royer)
Les œuvres présentées dans le hall central, sur
le quai et la mezzanine ont pour thème les conditions socio-politiques
et culturelles de la modernité avec un regard actuel. Elles
s'interrogent sur la construction et l'apparence des images des paysages
urbains et leur genèse.
Erik Göngrich
Ivry Sur Seine, Paris 2001
Les Olympiades, Paris 2000
"Ivry Sur Seine" est un panorama qui s'articule comme
un grand dessin (2,50 m hauteur x 6,50 m largeur) réalisé à la
main sur une bâche de camion. Le style du dessin reprend celui
des architectes ou des urbanistes : il montre plutôt la structure
de la ville et le principe de la construction urbaine plus que les
détails et les spécificités. Par le dessin,
la ville réelle est devenue une image stéréotypée
et abstraite, qui doit être "remplie" par l'imagination
et la projection du spectateur.
La photo "Les Olympiades" fait le contrepoint avec le
dessin. Il s'agit d'une prise de vue de la place centrale entourée
par des gratte-ciels sur le plateau bétonné qui marque
le territoire de croisement entre la communauté des habitants
(pour la plupart des immigrés asiatiques), des immeubles et
le public. Cette place, aménagée de pavillons qui hébergent
des commerces, des restaurants, représente une place publique
avec une notion privative.
Florian Wüst
On a beau parler
(études à propos de sujets politiques #3), 2005
"Wir haben gut reden" (On a beau parler) s'occupe de la
question de l'engagement politique des intellectuels modernes. Cette
pièce est composée d'un grand dessin mural et d'une
vidéo présentée sur un moniteur, intégrée
au dessin. La pièce adapte des affrontements, qui ont eu lieu
au milieu des années 60 par des auteurs allemands unis dans
le "Gruppe 47" (groupe 47). En particulier, la figure de
l'écrivain et artiste Peter Weiss joue un rôle crucial
dans la démarche de l'installation. La position politique
de Weiss et son attachement au socialisme ne sont pas à être
dissocié de son identité en tant que juif précaire
exilé, résultant de son sentiment d'exclusion et de
détachement qui l'ont accompagné tout au long de sa
vie. Les inscriptions dans les cahiers de notes de Peter Weiss, les
polémiques de Hans Magnus Enzensberger et de Martin Walser
servent de modèles littéraires à cette vidéo.
Cette mise en scène collant des citations imagées et
textuelles historiques crée un récit complexe sur le
rapport ambivalent de la pensée et de l'action dans le monde
divisé de la guerre froide.
programmation de courts métrages
commissaire / curator : Florian Wüst
Trois séries de films expérimentaux, publicitaires
et documentaires sur les industries et l'architecture, l'urbanisme
et la construction des villes.
Catherine Rannou
Projections, 2003
L'installation "projection" consiste en une projection
vidéo diffusée en boucle, projetée sur un écran
divisé en deux parties par le milieu. Entre le projecteur
et l'écran, des gravats de logements détruits à Brest
sont posés. Par conséquence, les ombres de ces déchets
s'inscrivent dans l'image de la vidéo. Ils causent des "trou
noirs", des espaces vides, des "dessins" juxtaposés
sur le film. De la même manière que les morceaux de
briques, de béton etc. se grave dans l'image vidéo,
le corps du spectateur, quand il tourne autour de l'écran,
s'empreint dans l'installation. L'image montre une façade
d'un immeuble moderne qui a été détruit par
les bombardements pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Les images
ont été réalisées à Sarajevo en
1996.
Etienne Boulanger
Panoptique, 2008
La pièce d'Etienne Boulanger consiste en une intervention
/ performance en 5 parties qui utilisent les espaces intermédiaires
du lieu d'exposition comme support. Pendant presque une semaine entière,
l'artiste a réalisé chaque jour un nouvel abri qui
lui a servi d'espace de sommeil pour le soir même. Chaque espace
est choisi en fonction de l'emplacement des dispositifs du centre
d'art passerelle (angles morts, murs, hauteurs). Ce dispositif de
sécurisation peu être activé comme d'habitude
; le but étant de rester indétectable par le biais
des abris. Ces constructions habitables sont réalisées
en panneaux de bois OSB et en chevrons laissés bruts. La performance
s'est déroulée pendant le temps de montage de l'exposition,
ainsi, seules les "coquilles vides" sont visibles durant
l'exposition.
Erik Göngrich
Alexanderplatz und zweiter Bauabschnitt Karl-Marx-Allee, wenn endlich
8 Millionen Menschen in Berlin leben... (La Place Alexander et la
deuxième phase de l'aménagement de l'allée Karl
Marx, quand il y aura finalement 8 Millions d'habitants à Berlin...),
2007
La série de 4 sérigraphies est un projet d'une vision
dessinée et collée pour le futur développement
de la Place Alexander Berlin. Depuis la chute du mur et l'unification
allemande, cette place est en perpétuelle transformation.
Elle symbolise la ville historique, et surtout Berlin au milieu du
19ème siècle, mais il ne reste pas grand chose de cette époque.
La place a plutôt hérité de l'urbanisme et l'architecture
de l'Allemagne de l'Est ; héritage dont la capitale allemande
voudrait bien se débarrasser. Depuis presque 20 ans que l'Allemagne
de l'Est et l'Allemagne de l'Ouest ont fusionné, la place
est devenue l'endroit des projets et des phantasmes : comment aménager
et (re)construire la place, ses architectures, sa situation urbaine
pour lui (re)donne l'importance d'une place au cœur de Berlin?
Albert Weis
Folders, 1999-2004
L'ensemble de la série "folders" se compose d'un
nombre variable de photographies et de papiers pliés, dont
les surfaces sont faites de collages à partir de feuilles
autocollantes. Avant la création du logiciel d'architecture
Autocad, les architectes utilisaient ces feuilles tramées
pour l'illustration et la finition des plans d'architecture dessinés à la
main. Les photos offrent une vue fragmentée des perspectives
extérieurs, notamment des façades ou des situations
urbaines. Ces diverses vues d'architectures de l'environnement urbain
mettent l'accent sur la répétition sculpturale et sans
fin, la répétitivité des systèmes de
l'espace urbain.
Équivalent à des vues photographiques, à travers
leurs pliages, les pièces en papier sculptées ne (re)produisent
pas des interventions spécifiques d'architectures, mais représentent
plutôt des abstractions des structures tridimensionnelles.
Ils transforment et transfèrent le système esthétique
de l'architecture dans une articulation artistique oscillant, résultant
de tableaux sculptés.
Aglaia Konrad
Plattenbilder, 2005
Sur plus d'une soixantaine de panneaux en bois de
dimension identique (90 x 240 cm), Aglaia Konrad présente sur grand format - parfois étalés
sur plusieurs panneaux - des photos affichées extraites de
ses archives. Il s'agit de prises de vue de villes fragmentées
par le regard et l'appareil photo. Cette fragmentation est volontaire,
motivée principalement par le constat de l'impossibilité d'une
perception totale, mais également par l'idée de la
construction d'un panorama d'une agglomération fictive et à la
fois imaginaire, à travers la photo. Les images rassemblent
et unissent des architectures et des situations urbaines de ville
dans le monde entier. Les marges des structures qui portent les photos,
c'est-à-dire les panneaux de bois, sont souvent visibles.
Elles fonctionnent comme des écarts qui rappellent à la
fois que les représentations photographiques sont des documents
qui reflètent la réalité, mais ils ne visent
pas à la reproduire. Aussi, les surfaces monochromes marron
du bois créent des ruptures et des contrastes par rapport
aux photos en noir et blanc, empêchant alors les alignements
et les chevauchements des images de construire une narration linéaire.
L'espace entre deux images doit être imaginer par le spectateur
: l'agencement aléatoire encourage une vision libre et associative
des différents espaces urbains mis en image. La dimension
sculpturale et spatiale intègre le corps et la sensation du
spectateur qui n'a jamais une vision totale de l'installation, du
fait que cette installation se déploie tout autour de lui.
Le regard reproduit par fragmentation l'ensemble de l'installation
d'Aglaia Konrad.
La partie de l'exposition présentée à l'étage
montre la ville comme espace d'actes sociaux ainsi que espace social.
Les utopies du modernisme dans leurs dimensions esthétiques
et politico-sociales sont mises dans le contexte et les conditions économiques
et politiques d'aujourd'hui. Elles se reflètent dans leur
genèse, leurs transformations, parfois comme des utopies échouées,
parfois comme des utopies adaptées, transformées ou
réformées.
Raphaël Grisey
Trappes, ville nouvelle, 2001-2004
L'installation, dont les formes sculpturales consistent
en deux boîtes en bois avec des tiroirs empilés. L'ensemble
de ces boîtes - une placée à l'horizontal, l'autre à la
verticale - rappelle une forme hybride entre une armoire d'artiste
pour la gravure, un placard d'archives et une maquette architecturale
abstraite et brute. Les tiroirs contiennent les photographies d'un
quartier d'une ville de banlieue, ainsi que des photographies de
groupes et des portraits de personnes de différents niveaux
sociaux et ethniques. Les photos, mais aussi les prospectus des extraits
de l'entretien avec les habitants du quartier, ont été créées
dans le cadre d'un projet processuel à Trappes. Cette ville
de banlieue parisienne a été fondée dans les
années 70. Cette agglomération urbaine a été conçue
comme un grand village ou une ville à l'ancienne, mais avec
des immeubles modernes de l'époque. Il s agit d'une approche
presque utopique de la construction d'une ville démocratique
pour les citoyens : un mélange de logements sociaux, d'espaces
communs, d'infrastructures culturelles etc. . Aujourd'hui, la ville
de Trappes est plutôt connue pour ces problèmes typiques
de banlieue parisienne.
Dorit Margreiter
Exquisite Function
Wien/Berlin, 2007, 11 min
L'installation vidéo intitulée "Exquisite Function" tente
de définir et de décrire l'architecture à travers
la conception de l'intérieur des habitats et les objets de
design.
Le quartier "Hansaviertel" à Berlin a été construit
en 1957. Cet ensemble urbain regroupe 35 bâtiments modernes
réalisés par des architectes de renommée internationale
(Alvar Aalto, Egon Eiermann, Walter Gropius, Arne Jacobsen, Oscar
Niemeyer, Max Taut, et d'autres encore). Il a été conçu
comme une "petite ville exemplaire" construit pour le futur
d'une société réformée après la
seconde guerre mondiale. Avec ses 1200 logements dans des pavillons
et des immeubles - des pavillons pour les commerces, un cinéma,
une crèche, une maternelle, une école etc.. - le ?Hansaviertel? était
considéré comme le modèle d'une ville idéale
pour une société moderne avec ses besoins imposés
par la vie quotidienne de cette époque.
Les architectes qui ont développé les bâtiments
de cette "ville de demain" n'ont pas seulement déterminé l'urbanisme
et l'architecture, mais ils ont également proposé des
intérieurs et des accessoires pour la maison : des formes
réduites et fonctionnelles. Les meubles et les objets ont été pensés
pour l'aménagement standard et sont devenus, pour la plupart,
des icônes des intérieurs design.
L'installation "Exquisite Function" consiste en deux niveaux
: le film est une sorte de défilé muséal des
objets et des meubles modernes, et les entretiens avec quelques habitants
qui témoignent leurs idées sur l'origine du quartier
et ses transformations, adaptations depuis 50 ans.
Eléonore de Montesquiou
Minu maja on minu maa - my home is my castle (ma maison à moi)
Estonie, 2001 (38 min)
La pièce a été réalisée dans
le cadre d'une résidence en Estonie post-soviétique
(2002) - où différentes femmes exposent les relations
personnelles qu'elles entretiennent avec leur lieu d'habitation et
leur ville. De ces expériences intimes, Eléonore de
Montesquiou offre une approche plastique des trames superposées
d'espace et de temps qui constituent notre quotidien. Elle a filmé les
façades des immeubles, elle s'est entretenue avec certains
habitants, laissant aller sa caméra à quelques détails
du quotidien. En cliquant sur les mots qui apparaissent sur les images,
on découvre des bribes de vie, des moments d'histoires. En
fond sonore, comme une ritournelle lancinante, certains de ces mots
sont montés en boucle. Au début on cherche un sens à ces
bouts de phrases puis la quête s'estompe. Le fond sonore devient
musique ou murmure. Au fur et à mesure de l'expérience,
ces récits d'un autre pays font écho à une appréhension
plus générique de nos manières d'habiter les
lieux. Eléonore de Montesquiou creuse ici un trou dans le
réel et révèle l'entrelacs des temps et des
espaces.
Stéphanie Nava
Papier-peint a partir du dessin "Luftgebaeude", 2007
Luftgebaeude serie 4, 2007
(untitled), 2007
La programmation annuelle 2007/08 du centre d'art
passerelle, autour de la question de la ville et de la modernité, a été introduit
en juillet 2007 avec la fabrication du grand dessin mural intitulé ?Désirs,
entreprises, un panorama? (collection Rhône-Alpes - Institut
d'art contemporain, Villeurbanne-Lyon) sur la façade du centre
d'art. La pièce sera présentée jusqu'à la
fin du mois d'août 2008.
Dans l'exposition "la vie moderne / revisitée",
deux dessins de Stéphanie Nava sont présentés
sur un papier-peint qui porte le même motif qu'un de ses dessins.
Il s'agit d'un dessin représentant des maisons individuelles
avec une voiture garée devant. La maison et la voiture s'unissent
dans l'ombre et deviennent une vignette répétée.
La trame du papier-peint représente le motif sériel
d'une manière monotone comme une ville standardisée
et typologique où tout se ressemble. Le deuxième dessin
montre un personnage assis à côté d'une table
sur laquelle se trouve une maquette d'une ville qui semble identique
avec "la ville" du papier-peint : le rêve domestique
dans sa version domestiquée.
Birgit Schlieps
Trancemoderne, 2000-2007
L'installation "Trancemoderne" se constitue d'un papier
peint avec une série de photos encadrées accrochées
dessus. Le papier-peint montre l'intérieur d'un centre culturel à l'architecture
standard moderne de la République Soviétique des années
60 à Aktau. Les tirages photos représentent des habitations
de la ville d'Aktau de la même époque confronté à des
maisons individuelles et mitoyennes des années 90. Donc, d'un
temps où la République Soviétique n'existait
plus. Aujourd'hui, Aktau est la capitale du Kazakhstan. Fondée à la
fin des années 50, la ville a été construite
comme le modèle d'une ville idéale soviétique.
La raison d'être de cette ville était l'industrie autour
de l'Uranium et le pétrole qui, à l'époque semblait
assurer le futur économique et sociale. Apres la chute de
l'U.R.R.S., les usines nucléaires ont fermé et les
industries pétrolières ont été privatisées.
Les changements de la société, la vie quotidienne et
la ville tout de suite suivi : à côté des immeubles
modulaires des années 60 et 70, se trouvent maintenant des
maisons et des petites villas privées avec des pignons et
des balcons arrondis. Et l'organisation géométrique
de la ville s'effondre de plus en plus. Le travail de Birgit Schlieps
documente la simultanéité des différents univers
de vie : l'aspect absurde de la situation de départ, la construction
d'une ville moderniste dans la steppe kazakh de la mer Caspienne,
le capitalisme, sous conditions par superpositions de nouveaux voisinages
et de fantaisie, une partie d'un triste paysage urbain.
Michaela Schweiger
Zurück in die Stadt von morgen (Retour à la ville de
demain), 16 mm / Digibeta, 23 min
L'œuvre de Michaela Schweiger présente une installation
avec une projection de film. Le thème et le lieu de tournage
du film "Zurück in die Stadt von morgen" (Retour à la
ville de demain) est le quartier ?Hansaviertel? à Berlin.
Sa rénovation par des architectes tels qu'Alvar Aalto, Walter
Gropius, Arne Jacobsen et autres s'est terminée en 1957. Ils
n'ont pas simplement proposé l'urbanisme et l'architecture
du quartier, mais ils ont donné une forme à une vision
sociale de l'après-guerre. Dans le film de Michaela Schweiger
différentes personnes conduisent le spectateur dans ce modèle
d'un projet de "Ville de demain". Cette mise en scène
de leurs propres histoires raconte d'une manière très
minimaliste ce mélange de constats des lieux dans leur état
actuel ainsi qu'avec une rétrospective sur l'idée du "Neues
Bauen" (nouvelle construction), à l'époque associée
aux utopies de l'urbanisme d'un environnement bénéficiant
du soutien social du changement et de vues sur les futures perspectives
de vie. La mise en scène du film fait référence
aux films du Nouveau Réalisme et de la Nouvelle Vague, mais
reprend également des principes théâtraux du "method
acting".
Différentes versions de l'installation de "Zurück
in die Stadt von morgen" permettent toujours d'adapter aux conditions
du lieu d'exposition. Leurs constructions font toujours référence à des
gestes architecturaux de la modernité après-guerre
et reprennent les systèmes et transposent leur esthétisme.
Clemens von Wedemeyer
Silberhöhe, 35 mm / dvd, 2003, 9 min
Inspirée par la scène finale de L'Eclipse, d'Antonioni,
une fiction sans personnages dans un quartier de préfabriqués
de l'Allemagne de l'Est. La caméra va et vient, en quête
d'une intrigue invisible. Et pourtant rien n'arrive et personne n'entre
sur la scène. Une maison est détruite, les pierres
glissent. La lumière d'un téléviseur illumine
l'intérieur d'une maison, avec un bruit de villes lointaines.
Le cinéma transforme les marges de la ville en décor
pour des films jamais tournés.
|