Né en 1926 en Moravie, Miroslav Tichý a
entamé une carrière de peintre, marqué par les influences de Picasso, Matisse et des expressionnistes allemands.
La prise du pouvoir par les communistes
en 1948 le conduit à adopter
une position de repli. De retour dans sa ville natale de Kyjov, ayant
quelque peu délaissé la peinture, il s'initie, au milieu
des années cinquante, à la photographie, qu'il réinvente
de toutes pièces, construisant notamment ses propres appareils
ainsi que son matériel de développement à partir
de matériaux au rebut, boites de conserve, verres de récupération,
cartons à chaussures.
Pendant presque trente ans, jusqu'à la fin des années
quatre-vingts, faisant le choix de
l'isolement social et culturel face au régime alors en place,
il réalise quotidiennement
plusieurs dizaines de clichés, ayant pour principal sujet
les femmes de Kyjov. Son comportement volontairement marginal, farouchement
indépendant, à rebours de l'idéologie du progrès
socialiste alors en vigueur, lui vaut des difficultés récurrentes
avec les autorités de l'époque, qui prennent la forme
de divers internements en établissements psychiatriques dans
les années 1960 et 1970 et d'une expulsion de son atelier
en 1972.
Ses images, réalisées de manière instinctive
ou mécanique avec des appareils bricolés,
des optiques approximatives, proposent une vision extraordinaire
d'une réalité érotisée et
fantasmatique, mi réelle-mi onirique: femmes à la piscine,
femmes dans la rue, femmes en
intérieur, ou saisies sur des écrans de télévision,
constituent son sujet unique et obsessionnel.
Les images tirées et agrandies par ses soins sont souvent
ensuite retouchées, montées
et encadrées sur des matériaux pauvres, journaux, cartons,
et parfois ensuite abandonnées
plusieurs années dans son atelier. Sous ou sur-exposées,
rayées, floues, déchirées, tachées,
elles révèlent néanmoins un artiste inclassable,
marqué par de fortes influences picturales
classiques mais dont la méthode s'apparente parfois à certaines
pratiques amateur
et de l'art «outsider». Par l'inlassable recours à un
seul et même thème, par l'abondance
et la régularité de la production, son travail entretient également
des affinités avec bien
des démarches de l'art contemporain des mêmes années.
L'exposition
rassemble une centaine de photographies et quelques appareils
photographiques, en provenance pour l'essentiel de la Fondation Tichý-Ocean,
ainsi que des oeuvres de la collection du Centre Pompidou. Elle est
accompagnée
d'un catalogue publié par les éditions du Centre Pompidou
qui constitue le premier
ouvrage sur Miroslav Tichý disponible en français.
Commissaires / organisateurs:
Mnam/Cci - Quentin Bajac
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