Les icônes de la photographie humaniste
française nous apparaissent aujourd’hui comme des évidences.
Les amoureux, les gamins de Paris, les petits métiers de la
rue sont devenus les archétypes d’une certaine France.
Ces images et leurs auteurs bénéficient d’une
reconnaissance, bien au-delà de la France, que la seule nostalgie
d’un temps révolu n’explique pas totalement. A
travers ses propres collections, le musée Nicéphore
Niépce propose une relecture de ce courant dont la familiarité tend à faire
l’économie de la critique. Une photographie française à revoir,
donc.
La photographie humaniste témoigne au lendemain de la Seconde
Guerre mondiale d’une volonté de croire envers et contre
tout en “la dignité de l’homme”, de rassembler
la société autour de valeurs positives.
La France libérée a besoin de se reconstruire physiquement
et moralement. Les photographies commandées à Doisneau,
Boubat, Izis et d’autres par la Documentation française,
le Commissariat général au tourisme ou par une presse
entièrement renouvelée, témoignent et contribuent à la
refonte de la société française, tant à l’intérieur
que vis-à-vis du monde.
Les principes de la photographie humaniste s’inspirent directement
de ceux mis en place dès les années 30, notamment par
les tenants de la Nouvelle Vision : une prédilection pour
le petit peuple, le monde du travail, de l’enfance, le paysage
parisien, les effets de nuit sont autant de sujet explorés
par Brassaï ou Germaine Krull entre les deux guerres. Les photographes
humanistes exploitent ses thèmes, mais simplifient les compositions
et limitent les audaces formelles d’avant guerre.
Leur succès est celui de la presse illustrée qui les
diffuse, des éditeurs qui leur composent de superbes albums.
Une reconnaissance qui trouve d’autant plus d’écho
que cette photographie, par le jeu des amitiés et des contacts,
tisse des liens étroits avec la littérature et la poésie
contemporaine.
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